Archive pour 2 novembre, 2009

Trois jours en alpage 1 l’ovni

Mots-clé : blague, OVNI, grange, randonnée, montagne à vaches

1967… I was 15 years old… Purée c’était il y a, ouh, j’ose pas compter…

Mes copains : Barrette, Big et moi, avions programmé trois ou quatre jours de ballade dans les alpages de ce qu’on appelait pas encore le Parc du Mercantour, d’Isola à Puget-Théniers, en passant par les cols. Courses rapides (cartouches de camping-gaz, piles pour les lampes de poche, allumettes, pruneaux, sucre, alcool de menthe, Antésite, soupe de cerf écossais en boite, barres d’ovomaltine, tabac pour la pipe – Clan et Amsterdammer – poignards commando neufs pour remplacer ceux un peu explosés dans nos entraînements ratés sur pins maritimes terminés dans les rochers, la bouffe classique pour trois jours), couture pour remettre en état la canadienne deux places sûrement malmenée en couchant à trois ados, remplacement des mats métal pour alléger par des mats bambous, un bon coup de pierre à aiguiser sur les machettes et plus qu’à trouver un copain plus âgé pourvu du permis et d’une deuche pour nous amener à Isola, 80 km de Nice. Certes, Barrette et Big avaient des bleues Motobécane qui auraient pu les monter avec leur sac à dos – elles les avaient bien amenés jusqu’à Amsterdam pour reconstituer la réserve de Barrette – mais mon Solex l’aurait pas fait, c’est deux ans plus tard que j’aurai les sous pour me payer une grise.

Donc, un vendredi soir, debout à trois à l’arrière de la deuche décapotée, lestée de nos trois sacs à dos de 22,5 kg chacun – la limite que nous nous étions imposé – nous penchant tous du même côté dans chaque virage pour faire chavirer la deuche, nous voilà à l’oeuvre, déposés avec nos vestes militaires, nos ceinturons tissus, nos étuis de poignard et de machette au côté, le sac gonflé sur le dos, l’un avec la tente coton, l’autre le double toit et les 10 m de corde, le dernier avec le camping-gaz, les 4 cartouches de gaz et la hache.

 ovni 1 la deuche

Montée qui tue en hubac dans le vallon de Louch, pour gagner 1000 m de dénivellé en 3 h avant que tombe la nuit. Couchage prévu dans une des innombrables granges d’alpage qui se présenterait bien accueillante avec son foin.

Au coucher du soleil, 20 granges plus tard, toutes hermétiquement closes, hormis leur étage inférieur avec le crottin du mulet, sauf une très abimée au niveau du toit et dont la seule partie suceptible de nous protéger étaient encombrée de migon (crottin séché de brebis) malodorant, nous montons donc la tente sur un replat vers 1700 m, assez loin des mélèzes, au quartier de granges du Pra Soubeyran.

Repas de carnivore dont j’ai oublié les détails, puis, pour économiser les piles, hop, couchés. Evidemment, personne ne dort, et on se raconte des histoires de jeunes. Je me souviens juste d’une qui m’avait beaucoup fait rire :

 C’est Sherlock et Watson qui sont dans un camping, sous la tente, et d’un seul coup à 2 h du mat’, Holmes secoue le docteur, qui endormi grommelle. « -Watson, dites moi ce que vous voyez ! »

« -mon cher Holmes, astronomiquement parlant je vois que la Lune est pleine, proche de Jupiter, et aussi plusieurs dizaines d’étoiles qui sont autant de soleils.

Astrologiquement parlant que nous sommes au niveau du zodiaque dans le Scorpion.

Météorologiquement parlant que la nuit est claire, sans halo autour de la Lune, avec un vent frais en altitude et qu’il fera probablement beau demain.

Temporellement parlant, la Lune ayant passé le zénith de 30°, qu’il est probablement deux heures du mat’ et que j’aimerais dormir !

« -… (silence de Sherlock)

« -Quoi, qu’est ce que j’ai dit, Holmes ?

« Watson, vous êtes une burne ! Ce que je vois c’est qu’on nous a chouré la tente !

 

Une fois que nous avons eu fini de rigoler, Big fit remarquer, qu’en parlant de la Lune, celle-ci était particulièrement brillante cette nuit, on devinait son emplacement au travers de la double épaisseur de coton orangé, tente + double-toit.

Je répliquais que cela ne m’étonnait pas trop, puisqu’il me semblait que c’était la pleine lune.

Silence, la discussion prenait fin…

Quand Big rajouta : « je trouve qu’elle se déplace vite la Lune. Tout à l’heure elle était là à droite vue au travers de la tente et maintenant elle a dépassé la faitière…

Intrigués nous bondissons pieds nus hors de la tente, pour voir un ensemble éblouissant d’une quinzaine de petites lunes en essaim allongé traverser le ciel d’Est au Nord-Ouest, totalement silencieux, et disparaitre derrière la crête de l’Infernet et la tête des Aiguilles, en l’espace de deux à trois minutes. Impossible de dire si les disques brillants étaient à un kilomètre ou à 3. Tout ce sur quoi nous avons pu nous mettre d’accord, c’est l’azimut de la trajectoire.

ovni 2 l'essaim lumineux

Je vous raconte pas l’ambiance chez ces trois jeunes de quinze ans, vaillants et surarmés, perdus en montagne vers minuit, à plus de trois heures de marche du premier village.

La peur absolue, renforcée par les lectures débiles de l’époque. Cartésiens, oui, mais plus quand la frayeur grimpe. Qui c’est qui a mal dormi enfoui dans son duvet, la main crispé sur le manche du coutelas, l’autre sur celui de l’Opinel ? C’est les trois zozos…

(nous n’eûmes le fin mot de l’histoire que trois ans plus tard)

L’émotion finit par nous terrasser après moultes hypothèses toutes aussi farfelues les unes que les autres, le seul point d’accord étant que cela ne ressemblait pas aux étoiles filantes, trop brillant, trop lent.

 

(à suivre)

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Par ailleurs j’ai l’air vraiment kon : la blague qui m’avait tant fait rire il y a plus de 40 ans et que j’ai réécrite cet aprème sur mon pocket, je découvre ce soir en me passant un dvd avec Tine, que c’est la chûte finale de « Le crime c’est notre affaire ». Piraaaates !

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