Archive pour 3 novembre, 2009

Trois jours en alpage 2 le trophée

Mots-clé : fusil, pâturage

Le samedi matin, 6 h, réveillés par le froid du petit matin, thé et pain de campagne (celui qui se conservait 6 jours, en boule double et qu’on ne trouve plus) recouvert d’un centimètre de beurre et deux centimètres de confiture de fraises, mais debout à cause de l’herbe trempée de rosée. Puis pendant que le double toit de la tente sèche lentement son humidité nocturne sur une branche de mélèze, exploration musclée (crac) de la grange au migon odorant. Comme d’hab, rien de rigolo genre corne de vache ou lampe au carbure inutilisable. Dommage. Juste un énorme tas de branches de mélèze. Par acquis de conscience, je soulève et là… Bingo ! The trouvaille !

Le bois un peu blanchi par 22 ans d’UV, le métal plus que rouillé, un fusil de guerre ! Oh, sans sa culasse, mais s’il nous était arrivé de trouver de nombreux casques américains ou allemands en forêt, d’innombrables cartouches voire bandes de fusil-mitrailleur, jamais une arme quasi entière. Et en plus, plus grande que nous. Probablement « une canne à pêche italienne ». En tant que découvreur de cette merveille, à moi de m’en charger sur mon sac à dos. A la louche, ce fusil devait peser plus de cinq kilos, en travers sur le sac, sous le rabat, glissant, déséquilibrant mon sac à chaque pas, j’aurais été mieux inspiré en découvrant ce trophée en fin de ballade.

le trophée

Sans compter, Barrette et Big qui pestaient tout ce qu’ils savaient  lorsque sur les portions plus larges du chemin muletier nous marchions de front pour discuter, et que toutes les cinq minutes ils se prenaient qui, l’un, la crosse; qui, l’autre, le canon sur la tête. J’ai bien essayé de l’accrocher à l’anneau pour le piolet, verticalement, mais il glissait et venait soit heurter le sol soit battre mes mollets. Comme même bout à bout nos trois sangles à ski de printemps qui équipaient tout sac à dos digne de ce nom à l’époque, n’atteignaient qu’à peine un mètre, impossible de bricoler une bandoulière, et on n’allait quand même pas sacrifier deux mètres de corde d’escalade, sécurité oblige. Donc je l’ai trimballé à bout de bras, le restant de la rando, sauf les cinq kilomètres de micro-route avant d’arriver à Puget-Théniers où j’avais trouvé une vieille sangle cuir dans une décharge sauvage à une heure de la fin de notre traversée.

Arrivés au col de la Valette, près du mont Gravières couvert de barbelés à cinq centimètres du sol, vestiges des fortifications en profondeur dérivées de la ligne Serré-de-Rivières revue à la sauce Maginot, nous avions une vue superbe sur le vallon de Louch dont nous venions ainsi que les crêtes de l’autre côté de la Tinée à l’est, et le long vallon perché de cet immense alpage communal d’altitude que forment les 5 km des Portes de Longon. Ce pâturage immémorial abritait des centaines de tarines, petites vaches rouges au sabot montagnard et plus de 3000 brebis.

borne Col Valette

Photo actuelle du Col de la Valette (source Conjat)

On espérait bien se faire offrir du fromage soit aux bergeries soit aux vacheries. La longue traversée des superbes Portes de Longon, heureusement totalement à plat, vers 2000 d’altitude, permit à Barrette de récupérer un autre trophée : un crâne de bélier, avec ses cornes enroulées sur presque deux tours, pas loin de 60 cm d’envergure une fois accroché sous le rabat de son sac à dos.

Le berger rencontré n’avait pas de fromage à nous refiler, mais il a offert à Big une belle sonnaille de bélier, même sans son battant d’os, et nous a confirmé que le fusil était probablement foutu, son canon bouché par la rouille, que c’était bien « une canne à pêche italienne » comme ils en avaient semé des centaines avec leurs chaussures pour se tirer plus vite face aux chasseurs alpins. Ce en quoi j’ai appris 34 ans plus tard qu’il s’était foutu le doigt dans l’oeil pour ses deux affirmations péremptoires. En 2001, ayant retrouvé ce flingue dans le grenier familial niçois, je l’ai remonté en Pays de Caux pour l’offrir à un copain tireur, fou de vieilles armes, qui l’a décapé, nettoyé, bichonné, a trouvé au cul du coffre en zone sensible une culasse adaptée pour ce fusil français, des munitions et un chargeur et a tiré avec sans se faire exploser la tête. J’ai fait un heureux.

Là où on a moins rigolé avec ma « canne à pêche » en bandoulière 15 minutes avant la fin de traversée, c’est quand la camionnette de gendarmerie est arrivée dans notre dos, s’est arrêtée à notre niveau et nous a demandé « dites donc les gamins, où vous avez piqué çà ? » Je leur ai dit, alors ils ont rigolé et nous on dit de faire attention à pas nous le laisser tomber sur le pied car c’était lourd.

Autres temps, autres moeurs… Un qui a bien rigolé aussi, c’est le chauffeur d’autorail au retour, qui nous a demandé « alors les minots, z’en avez eu beaucoup d’étourneaux avec votre arquebuse ? » Gné, gné, gné. Vieux kon. Et çà se croit drôle…

(à suivre)

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Avant que vous ne pétiez un plomb d’attendre, alors ? ce coup de l’OVNI ? Ben, parti dans les pays de l’est quelques jours après, mes copains ailleurs, à part nous personne ne semblait avoir rien vu. Trois ans plus tard je suis tombé sur une page déchirée d’un vieux quotidien Nice-Matin de 1967, où l’observatoire de Nice avait corrélé l’ovni vu de Turin à Annecy comme une rentrée d’étage de fusée soviétique vers 140 km d’altitude tout simplement. Oh, depuis, avec mes connaissances astro, j’aurai pu, non identifier, mais estimer altitude, distance et type d’objet, en ayant observé pas mal. Pas plus compliqué ni mystérieux. Bah, on a eu la trouille de notre jeunesse et de beaux souvenirs.

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