Archive pour 8 novembre, 2009

Trois jours en alpage 4 en manque !

Mots-clé : disette, famine, expériences intéressantes

Résumé : on a vu un Ovni, trouvé un vieux fusil, fait les kons en faisant rouler des pierres. Voici donc la fin de la deuxième journée d’alpage.

Passé le col de l’Espaul, là où s’enfonce dans le mélézin (futaie de mélèzes) un court chemin qui rejoint le lac des grenouilles, nous sommes presque arrivés à Valberg, seul point de civilisation dans notre randonnée. Enfin, quand je dis presque, il nous reste encore bien presque une heure de marche, or, pas question de traîner si nous voulons nous pointer avant la fermeture des magasins de bouffe : il nous faut impérativement du pain et puis de la viande et du tabac.

lac des grenouilles

Le Lac des Grenouilles en 2004 et au fond à droite le mélézin de Valberg où se déroule cette étape culinaire

Seulement malins comme nous l’étions, nous avions bien des sous mais pour le billet d’autorail du retour, pas pour les courses. Une fois le pain acheté, deux doubles boules de campagne (vous savez, le bon qui se conservait 6 jours et que plus personne ne sait faire maintenant, je vous l’ai déjà dit) en fouillant nos poches nous réunissons à nous trois 2 francs 17 (soit environ 30 centimes d’euro), donc déjà, adieu le tabac. Purée je sens que ça va être dur…

Je ne me souviens plus où se situait le dépôt de pain – déjà on a eu du bol qu’il y en ait eu encore à cette heure là, encore que j’ai vaguement dans le souvenir qu’on avait réservé de Nice le pain par téléphone, quoique je suis pas certain que cela soit lors de cette rando là. En tout cas, c’était une habitude que nous avions lorsque nous préparions nos périples : prévoir les points de ravito, réserver ou aller déposer en un lieu accessible des rations. Ya pas de raison pour que cette fois là on ait fait de manière inhabituelle, mais c’est vieux et je ne m’en souviens pas.

Par contre je me souviens bien de la petite boucherie, juste à côté de l’énorme bazar-souvenirs avec les bouteilles de liqueur de framboises, les marmottes en plastique duveteux, les chalets en bois tirelires peints avec des gentianes bleues, les piolets de nains croisés de skis et les faux bâtons de berger en bois gravés d’édelweiss, qui y en a même pas des édelweiss autour de Valberg. Ah, oui, et les cartes postales humoristiques douteuses du beauf qui bave devant une pétasse les seins en avant avec comme légende « je monterai bien sur ces deux collines ». Qu’est ce qu’on rigole !

En fait, on avait bien encore des sous, mais dans une enveloppe de secours, à laquelle nous n’aurions touché qu’en cas de vrai pépin.

Nous voici donc tous les trois chez le boucher, avec nos deux francs quinze (on avait paumé les deux centimes, bonjour les guignols !

- »Qu’est ce qu’on peut avoir comme viande pour trois avec deux francs quinze ?

- »Pour trois ? Avec deux francs quinze ?

Énorme silence.

- »Deux francs quinze ?… Ben ya çà, là…

- »le foie rose ? – froncement de nez des trois totos, becose le foie… -

- »C’est pas du foie.

- »ah, et c’est quoi ?

- »Du mou.

- »Du quoi ?

- »Du mou.

- »…???…

- »Du mou, pour les chats, mais ça se mange, c’est même bon disent certains. Faut faire à la poêle…

Une heure plus tard, dans le mélézin, devant la tente, notre couvercle de gamate servant de poêle, les 700 g de mou, difficilement découpés à la machette sur une souche, pour faire trois steaks épais, étaient joyeusement en train d’attacher, pendant que nous bourrions nos pipes avec un subtil mélange de fond de tabac, de thé à la menthe extrait de plusieurs sachets de notre provision de thé du petit-déj, et d’aiguilles de mélèze bien sèches.

 fumer le mélèze

Eh bien je sais pas si c’est d’avoir fumé les aiguilles de mélèze-thé à la menthe avant, ou si c’est inhérent au mou lui même, mais c’est un diner qu’est pas très bien passé. Pis c’est kon comme nom le mou, une fois cuit on a l’impression de manger les caoutchoucs des bocaux de conserve Le Parfait, c’est dur comme tout et impossible à mâcher.

 

Les légumes ? Ben, on peut pas dire que ça au moins on avait. On n’en avait pas. Alors on a recherché partout dans les prés ces gros chardons ras du sol, ceux qui donnent une énorme fleur sèche que les bergers clouaient sur les portes des granges pour porter bonheur, les carlines. Lorsqu’on trouve une de ces fleurs encore en bouton, il suffit à l’Opinel de la couper à la base dans le sol, de la débarrasser, moyennant jouissance des doigts, de tous ses piquants, de virer les poils du dessus et de ne garder que le fond d’artichaut (c’est de la même famille). Cela se mange cru un peu comme les petits artichauts de  Nice à la croque au sel, et c’est presque aussi bon ces chardons, avec un petit goût de noisette, gniam ! On en a mangé quatre dont deux très gros. Bon, on avait pas d’huile, juste du sel, mais au moins cela nous a fait oublier l’absence de saveur du steak de mou.

En fait, on a bouffé hachement équilibré : on a fait chauffer la soupe de cerf écossais, mais je crois que je l’ai déjà dit dans une réponse à un comm’; n’ayant pas lu le mode d’emploi, on a fait chauffer la soupe de cerf brute de boite, alors qu’il fallait rajouter deux fois son volume d’eau. Résultat une sorte de daube bien trop salée, presque immangeable.

Ce fut un diner mémorable.

(à suivre)

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