Trois jours en alpage 4 en manque !

Mots-clé : disette, famine, expériences intéressantes

Résumé : on a vu un Ovni, trouvé un vieux fusil, fait les kons en faisant rouler des pierres. Voici donc la fin de la deuxième journée d’alpage.

Passé le col de l’Espaul, là où s’enfonce dans le mélézin (futaie de mélèzes) un court chemin qui rejoint le lac des grenouilles, nous sommes presque arrivés à Valberg, seul point de civilisation dans notre randonnée. Enfin, quand je dis presque, il nous reste encore bien presque une heure de marche, or, pas question de traîner si nous voulons nous pointer avant la fermeture des magasins de bouffe : il nous faut impérativement du pain et puis de la viande et du tabac.

lac des grenouilles

Le Lac des Grenouilles en 2004 et au fond à droite le mélézin de Valberg où se déroule cette étape culinaire

Seulement malins comme nous l’étions, nous avions bien des sous mais pour le billet d’autorail du retour, pas pour les courses. Une fois le pain acheté, deux doubles boules de campagne (vous savez, le bon qui se conservait 6 jours et que plus personne ne sait faire maintenant, je vous l’ai déjà dit) en fouillant nos poches nous réunissons à nous trois 2 francs 17 (soit environ 30 centimes d’euro), donc déjà, adieu le tabac. Purée je sens que ça va être dur…

Je ne me souviens plus où se situait le dépôt de pain – déjà on a eu du bol qu’il y en ait eu encore à cette heure là, encore que j’ai vaguement dans le souvenir qu’on avait réservé de Nice le pain par téléphone, quoique je suis pas certain que cela soit lors de cette rando là. En tout cas, c’était une habitude que nous avions lorsque nous préparions nos périples : prévoir les points de ravito, réserver ou aller déposer en un lieu accessible des rations. Ya pas de raison pour que cette fois là on ait fait de manière inhabituelle, mais c’est vieux et je ne m’en souviens pas.

Par contre je me souviens bien de la petite boucherie, juste à côté de l’énorme bazar-souvenirs avec les bouteilles de liqueur de framboises, les marmottes en plastique duveteux, les chalets en bois tirelires peints avec des gentianes bleues, les piolets de nains croisés de skis et les faux bâtons de berger en bois gravés d’édelweiss, qui y en a même pas des édelweiss autour de Valberg. Ah, oui, et les cartes postales humoristiques douteuses du beauf qui bave devant une pétasse les seins en avant avec comme légende « je monterai bien sur ces deux collines ». Qu’est ce qu’on rigole !

En fait, on avait bien encore des sous, mais dans une enveloppe de secours, à laquelle nous n’aurions touché qu’en cas de vrai pépin.

Nous voici donc tous les trois chez le boucher, avec nos deux francs quinze (on avait paumé les deux centimes, bonjour les guignols !

- »Qu’est ce qu’on peut avoir comme viande pour trois avec deux francs quinze ?

- »Pour trois ? Avec deux francs quinze ?

Énorme silence.

- »Deux francs quinze ?… Ben ya çà, là…

- »le foie rose ? – froncement de nez des trois totos, becose le foie… -

- »C’est pas du foie.

- »ah, et c’est quoi ?

- »Du mou.

- »Du quoi ?

- »Du mou.

- »…???…

- »Du mou, pour les chats, mais ça se mange, c’est même bon disent certains. Faut faire à la poêle…

Une heure plus tard, dans le mélézin, devant la tente, notre couvercle de gamate servant de poêle, les 700 g de mou, difficilement découpés à la machette sur une souche, pour faire trois steaks épais, étaient joyeusement en train d’attacher, pendant que nous bourrions nos pipes avec un subtil mélange de fond de tabac, de thé à la menthe extrait de plusieurs sachets de notre provision de thé du petit-déj, et d’aiguilles de mélèze bien sèches.

 fumer le mélèze

Eh bien je sais pas si c’est d’avoir fumé les aiguilles de mélèze-thé à la menthe avant, ou si c’est inhérent au mou lui même, mais c’est un diner qu’est pas très bien passé. Pis c’est kon comme nom le mou, une fois cuit on a l’impression de manger les caoutchoucs des bocaux de conserve Le Parfait, c’est dur comme tout et impossible à mâcher.

 

Les légumes ? Ben, on peut pas dire que ça au moins on avait. On n’en avait pas. Alors on a recherché partout dans les prés ces gros chardons ras du sol, ceux qui donnent une énorme fleur sèche que les bergers clouaient sur les portes des granges pour porter bonheur, les carlines. Lorsqu’on trouve une de ces fleurs encore en bouton, il suffit à l’Opinel de la couper à la base dans le sol, de la débarrasser, moyennant jouissance des doigts, de tous ses piquants, de virer les poils du dessus et de ne garder que le fond d’artichaut (c’est de la même famille). Cela se mange cru un peu comme les petits artichauts de  Nice à la croque au sel, et c’est presque aussi bon ces chardons, avec un petit goût de noisette, gniam ! On en a mangé quatre dont deux très gros. Bon, on avait pas d’huile, juste du sel, mais au moins cela nous a fait oublier l’absence de saveur du steak de mou.

En fait, on a bouffé hachement équilibré : on a fait chauffer la soupe de cerf écossais, mais je crois que je l’ai déjà dit dans une réponse à un comm’; n’ayant pas lu le mode d’emploi, on a fait chauffer la soupe de cerf brute de boite, alors qu’il fallait rajouter deux fois son volume d’eau. Résultat une sorte de daube bien trop salée, presque immangeable.

Ce fut un diner mémorable.

(à suivre)

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13 commentaires

  1. evelynej dit :

    En voilà de bons souvenirs ! Le mou, on en mange une fois et son goût reste ancré dans la mémoire pour la vie. J’en ai donné à manger à mes chats autrefois mais j’avoue n’y avoir jamais goûté. Ce n’est pas ton récit qui va m’en donner l’envie !
    Enfin c’est bien sympa à lire toute cette histoire. Comme toujours, le paysage fait rêver.

    Au prochain épisode.

  2. mariuss dit :

    Evelyne > A vrai dire, comme disait ma marraine, « ça n’a ni goût ni gouste ». Ce n’est pas tant le goüt qui fait hésiter à recommencer, mais le côté caoutchouteux.

    Actuellement cela tourne plus vers l’hiver : il reste des couleurs, mais plus par tâches et dans les bruns rouilles, tilleuls et noisetiers ont perdu toutes leurs feuilles, les cerisiers sont marrons-roux ou défeuillés, seuls l’or des trembles ou le jaune de certains mélèzes subsiste éclairés rarement par la touche rouge vif d’un érable. Mais l’enchantement se fond dans le froid et les gris. Cela reste très beau (pas de photo) mais ce n’est plus féérique.

  3. farandoles dit :

    Bonjour Mariuss ,

    C’est repartie avec les aventuriers ,vous êtes vraiment amusant , cette fois pour la bouffe et là je me bidonne : du mou à la poele c’est franchement pas le top mais là pas le choix ,c’est surtout la préparation qui fait tout et oui j’en ai mangé il y a bien longtemps .
    Je suis née en 1952 à cette époque c’était le dèche chez les parents mais ma mère faisait toujours en sorte que les assiettes soient pleines alors oui il y avait du mou mais il était préparé comme un ragout au vin avec des pommes de terre et bien mijoté ,c’était très tendre pas du tout du cahoutchouc je n’en garde pas un mauvais souvenir mais personnellement je n’en ai jamais préparé et pas envie non plus .
    Le pain lui devait être délicieux celui qui se gardait pratiquement la semaine maintenant NADA sauf celui de chez Poilane comme je te l’ai déjà mentionné ,il est très bon et se garde aussi une semaine ,le prix aussi est pas mal .

    Vous avez une belle couleur verte !! un raport avec vos OVNI !!! ( sourire )
    Encore un bon souvenir que nous partageons merci Mariuss à bientôt pour la suite .

    Bisous du lundi ,bonne journée .

    Marie

  4. farandoles dit :

    Je’ reviendre ‘ pour préciser qu’effectivement il serait bien de passer à autre chose que ma modeste personne ,je suis mal mais c’est à moi de gérer tout ceci je suis gênée et désolée de vous avoir tous dérangé .
    Nos blogs sont là pour nous distraire nous avont tous notre lot de problèmes et je ne désire pas du tout être dans votre besace ( j’y vais fort là !! )
    Ceci dit un GRAND MERCI à toi Mariuss et vous tous .
    Les chaussettes scorpionne méritent le signalement d’un abus mais pour cette fois je passe ( grand sourire ) .

    Je vais me boter le cul ( censuré ).

    Merci et passons à autre chose de plus drole les péripéties de notre Mariuss et son équipe .

    vivement la suite .
    Bises .
    Marie

  5. mariuss dit :

    Marie > tu as peut-être remarqué au cours de ta farandole, que, souvent, j’aidais diverses personnes, jeune ou « jeune », momentanément engagée dans un blues ou un accident de la vie. C’est sûr que je sais mieux faire en live in real life que virtuellement, mais c’est pour moi un engagement. je ne sais pas défendre de grandes causes, je préfère une action concrète au quotidien. Ces temps-ci certaines (que je ne citerai pas – il n’y a pas que toi) ont besoin de nous, je réponds présent avec mes faibles moyens, dussé-je être lourd ou frôler le badinage pour certaines ou sortir du fric pour d’autres. Je n’oserai plus me regarder en face si je faisais autrement.

    J’ai un chti kdo, un ti fascicule de photos et un sachet de sarriette pour toi, débrouille-toi pour me filer une adresse où tu pourras récupérer cela (tarde pas, après c’est les fêtes, la poste peine à acheminer le courrier). Une amie m’avait donné, par sécurité (je la comprends) non pas son adresse, mais une adresse professionnelle indirecte. C’est une soluce possible.

    Bise à ma Miss Sourire toute gênée. Tu rosis j’espère ?

  6. mariuss dit :

    farandoles > Ce que j’adore dans ce comm’ c’est la juxtaposition du mou pour armer de viande un repas un peu djust en fric et trois lignes plus loin le pain Poilâne. lol

    je crois bien n’avoir jamais goûté, même lors de mes douze années parisiennes à Saint-Cloud et Neuilly, de pain Poilâne.
    Est-il vraiment aussi bon que ce qui en est dit ?
    bisous

  7. farandoles dit :

    Mariuss , le hic n’est pas du tout de te donner mon adresse perso en privé bien sur mais je suis très très gênée ,j’ai très souvent comme toi et d’autres aidée les copains ou amis ou personnes ‘ étrangères ‘ dans toutes circonstances même si je devais donner ma chemise mon amie Tendresse pourrait en attester car elle me connais bien ( pas mon amie pour rien ) Tendresse est aussi une vraie Mère Thérésa et nous allons continuer car comme toi je ne pourrais pas me regarder dans la glace .

    Je peux donner mais j’ai énormément de mal à recevoir et là encore je me fais remonter les bretelles par Tendresse .
    Je suis très GENEE Mariuss ce n’est pas pour rien que Tendresse ( encore ) me surnomme  » peau d’âne  »
    je suis scorpionne avec une peau d’âne et ça aie aie aie

    Mais si tu veux je t’expédie en retour du pain de chez Poilâne qui est vraiment excellent à toi de voir
    la balle est dans ton camps .

    Pas de mou avec le Poilâne ( sourire ) une honte pour du pain aussi bon .

    bisous à plus tard .
    Marie peau d’âne

  8. mariuss dit :

    farandoles > j’ai rin compris de ton histoire que tu peux pas recevoir, mais alors rin du tout. Bon, je vais voir avec Tendresse, genre lui expédier deux trucs et elle t’en filera un si elle te croise.
    Tu n’as pas à être gênée. Jamais !

    bises, je file bosser, mes étudiantes m’attendent (c’est des boutdchou, de vrais bébés)

  9. farandoles dit :

    mais tu dis que je suis nullissime pour m’explicationner !!!

    Marie a dit être très genée de recevoir et de qui que ce soit même avec ma famille ou amis sans vouloir te vexer Mariuss car je sais que tu le fais de bon coeur .

    je sais je suis une véritable enmerdeuse ( censuré ).

    bisous de la peau d’âne

  10. mariuss dit :

    Marie > je bascule en private sur mail. (j’ai pas dit sur msn, sourire)

  11. eurekasophie dit :

    Ah quel périple mon Ami!
    J’avoue que je suis MDR en le lisant…C’est même mieux que les aventures des Cinq ( bibliothèque verte ) .
    Du mou…mon dieu, je crois que je n’en ai jamais mangé, même que ma féline à moi n’en veux pas.J’ai essayé de lui en faire goûter une fois..elle a eu un miaulement de désespoir, m’a regardée et à tourner ses papattes pour aller se coucher sur le fauteuil. Idem pour le foie! Mais faut dire mes loustics que vous n’aviez pas trop le choix pour le faire cuire. En général , ce genre de bidoche se mange en sauce…une sauce au vin, sinon, c’est clair, c’est élastique……Beurkkkkk!
    M’enfin bon, avec les carlines, que je connais bien, vous vous êtes bien débrouillés. C’est vrai que c’est bon en plus!
    Ouppssss ! les pétards à base de thé et d’aiguilles de mélèze! Tu m’étonnes lol!!! J’ai eu fumé dans ma jeunesse des branches de je sais plus trop quoi !!! ça faisait une fumée pas possible mais on toussait pas ! lol!!!!
    J’attends la suite avec impatience..Merci pour ces bons moments Marius ainsi que pour les photos magnifiques! CA C’EST UN REGAL !!!
    Bisous
    Sophie

  12. mariuss dit :

    Sophie > C’est vrai que mes chattes successives n’ont jamais aimé le mou.
    Pour les aiguilles de mélèze, c’est très surfait, aucun effet réel sauf l’impression de vraiment fumer du foin qui grille vite. Mais fallait bien enjoliver l’histoire.

  13. M’étonne pas que personne n’aime le mou … c’est du POUMON ! Beurk !
    J’adore ton histoire, tu la racontes marrantement ! J’aurais bien goûté au chardon moi aussi ! Petite question en passant : y’avait pas de bestioles dedans ?
    Quant au pain, il est vrai qu’on trouve de moins en moins de bons boulangers, c’est la raison pour laquelle je le fais moi-même le plus souvent possible !
    Chez Poilâne, il n’est pas mal, mais vraiment dispendieux, et je n’aime pas l’idée de payer le pain trop cher !
    Et j’en ai une bonne à raconter aussi, et qui se passe justement en Ecosse (rapport à la soupe de cerf !) où j’étais en camping avec un copain. J’avais acheté du haggis que j’ai servi en tranche avec du pain de mie, comme du saucisson … c’était dégueu ! Peut être aurait-il été meilleur si je l’avais fait mijoter 3 heures dans du bouillon comme c’était recommandé sur l’étiquette que j’avais arrachée prestement, tant nous étions affamés !
    J’espère à chacun d’avoir eu un jour sa « soupe de cerf » … c’est bien marrant à se remémorer !

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