Trois jours en alpage 5 canyoning avant l’heure

Mots-clé :roches rouges, Colorado niçois, canyon

Après ce repas vespéral, au cours duquel on a bien rigolé, vint, dans le sous-bois clair à l’herbe douce et fine, une nuit calme où nos aventuriers en écrasèrent un max, terrassés par leur longue journée de marche.

Le réveil plutôt tardif, vers 8h30 mais sans avoir besoin d’attendre que le double-toit de la tente sèche, puisqu’en sous-bois pas de rosée, fut suivi par le classique petit déj thé hypersucré + tartines de 7 lieues avec 250g de beurre et 400 de confiture de fraise. Refuelage des gourdes en Antésite avec l’eau fraiche du dernier point d’eau avant le soir et début d’une longue transversale dans cet hubac clair de mélézin où tous les chemins avaient disparu, bouffés par les pistes de ski.

Jusqu’au point le plus haut, par la Croix du Sapet, puis la Tête du Sapet, point d’arrivée du télésiège, dont le cable avait été déposé pour maintenance. A partir de là, il faut suivre une piste d’exploitation forestière à plat, en crête ou juste en dessous, qui épouse tous les plis de cet ensemble de croupes couvertes de mélèzes. A 15 h nous abandonnons la piste vers le col du Raton, pour un chemin qui descend au dessus des granges d’Auvare, dans les roches rouges friables du Dôme du Barrot. Que nous contournons par la baisse du Barrot. Il y a là un passage délicat : avant le col de Crous, la carte indique que notre chemin se perd bientôt ou file sur Auvare, et pour bien faire il faudrait couper tout droit dans la pente pour perdre environ 300 m d’altitude et retomber sur un petit chemin semble-t-il bien tracé qui est parallèle au notre et nous amènerait à la Croix-sur-Roudoule, notre étape.

Mais ce qui sur la carte nous semblait déjà rock’nroll au vu de la topographie montrant plein de corniches rocheuses à franchir, s’avère sur le terrain, tel que mes faibles connaissances de géologue (j’étais déjà un kador en géol et en carto) l’intuitaient, une vraie mierde : Ces pélites (marnouilles) rouges se délitent en frites, c’est une roche complètement pourrie qui part sous le pied, et sous nos pas, la pente s’accentue pour finir en profondes gorges rouges, façon gorges du Verdon mais rouges et friables. Un peu plus au nord-ouest, ces gorges de Daluis sont parfois appelées le Colorado niçois, c’est superbe, mais tenter de descendre de 300 m la-dedans vers un hypothétique chemin inutilisé depuis 40 ans puisque son début se perd sur la carte, venant de nulle part, alors que nous ne sommes pas sûrs de notre position (il n’y avait à l’époque ni panneaux indicateurs, ni balises, ni marques de chemin) cela risque de nous faire déboucher au sommet d’une vire pourrie glissante et traitre surmontant un à-pic de 500 m d’après la carte, si nous ne sommes pas au bon endroit. Nous repoussons donc le moment de couper dans le sens de la pente, mais au fur et à mesure de notre avance, la carte nous indique que les deux chemins divergent et la pente moyenne s’accentue tandis que les barres rocheuses deviennent plus hautes, plus nombreuses et continues. Il n’est plus temps de tergiverser, au prochain talweg, on se lance.

 vue Clue d'Amen

cette photo actuelle a été prise sur un blog de rando.

Le problème c’est que ce micro-vallon raviné (et sec) est coupé tous les 10 mètres d’un banc rocheux de pélites plus dures, formant une micro falaise de 70 cm à 2 mètres, qu’il faut franchir en sautant dans le vide pour les plus petites ou se laissant tomber. Heureusement souvent, au pied lors des orages, l’oued sec doit se transformer en torrent en crue, charriant sables et graviers qui s’accumulent en bancs au pied des chutes d’eau – à sec à ce moment de l’année. La réception est donc amortie lors de nos sauts.

Mais bientôt, les sauts atteignent trois mètres, et avec nos sacs qui pèsent encore 20 kilos, nous souffrons. Un essai visant à envoyer d’abord le sac de Barrette, se traduit par un sac explosé ayant répandu tout son contenu, une lamme de poche cassée et une pipe explosée. On oublie. Donc à chaque marche de géant, on pose les sacs, on les attache à nos dix mètres de corde d’escalade de 12 mm, Big saute à vide, on lui descend le premier sac, il le détache, on lui descend le second sac et ainsi de suite, puis on saute les 3 mètres, on remet les sacs sur le dos, on descend de 15 mètres et on recommence pour la marche de géant suivante. Sauf que maintenant les sauts font trois mètres cinquante puis quatre mètres et même une fois cinq mètres environ. Et toujours pas de chemin ! Vous voyez qu’on se soit gouré et qu’il faille remonter ? Sans compter que cela fait deux heures qu’on fait les kons pour avoir descendu peut être 250 m. Déjà le soleil est couché.

sauts dans canyon

Et puis après une marche géante que nous ne pouvons pas sauter ( 7 mètres ?), descendue grâce à la corde pour les deux premiers et comme j’ai pu pour moi en dernier, car la corde est trop courte pour l’attacher en double puis la faire glisser, pis l’attacher à quoi dans ces roches rouges pourries et nues ?

Et, là, qu’on a manqué la rater car il commence à faire sombre, pis effacé par les crues torrentielles dans le fond du talweg, une sente imperceptible qui tient plus de la coulée du blaireau ou du passage de chasseur, mais bien horizontale à flanc.

Seulement il commençait à faire très sombre, entre chien et loup. Bien que crevés, on ne pouvait pas dormir dans cette pente. Donc, en avant sac au dos pour essayer d’atteindre notre étape, ce qui en temps normal nous aurait pris deux petites heures.

Mais, là, avec la nuit presque tombée sur ce chemin en corniche de 20 cm de large et friable, dans les roches rouges qui là apparaissaient presque noires, bonjour la progression.

Toutefois, au bout d’un moment de l’herbe apparut et nous rejoinmes des croupes plus douces où la pente ne devait pas dépasser 40 degrés et la sente de chasseur s’élargit, permettant enfin de poser les deux pieds côte à côte. Mais de nuit, plus difficile d’apprécier les distances, de prendre des points de repères dans le paysage. Oh, bien sûr, allez vous me dire, t’es un lendemain de lune bien gibbeuse, donc c’est plus ou moins pleine lune, vous devriez y voir comme en plein jour.

Quedalle ! Le ciel s’était couvert dans l’aprème et la nébulosité devait avoisiner les 90%. Au bout d’un moment il a bien fallu se résigner à allumer une lampe de poche. Une seule, pour tripler le temps d’usage. Au vu des piles de l’époque, ma lampe de poche  nous a lâché au bout de 30 minutes. Celle de Barrette, n’a guère duré plus, et ce chemin interminable qui sinuait. Sans compter que c’était peut-être oas le bon, et qu’on pouvait marcher longtemps comme cela. Dans le dome du Barrot, granges et villages sont rares.

 

Nos trois jeunes s’en sortiront-ils ? Vous le saurez dans le prochain épisode.

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8 commentaires

  1. evelynej dit :

    Que de souvenirs palpitants !

    A bientôt pour connaître la « chute »…

  2. mariuss dit :

    Evelyne > c’est sûr que je vous ai soigné cette randonnée d’il y a presque quarante ans. J’ai dans ma tête quelques imprécisions, mais ces trois jours sont bien propices à du suspense. Quand je repense aux konneries qu’on nous laissait faire à quinze ans !
    Note que pour l’adrénaline c’est sûrement plus mieux que cramer des bagnoles !

  3. C’est plus une randonnée , mais plutôt un chemin de croix , lol !!!
    Vont-ils réussir à regagner la civilisation ????
    Bizzzzz mariuss

  4. farandoles dit :

    Bonjour mariuss , tu dis ‘ les konneries qu’on vous laissait faire ‘ tu es sur que vos parents connaissaient toutes vos konneries !!!….j’en doute ( sourire )

    Toujours aussi palpitante ton histoire , bonjour les sauts vous auriez pu vous casser quelque chose ou même passer de vie à trépas et là c’est vraiment de la konnerie mais que de souvenirs pour les kamikazes .

    bien sur j’attends la suite avec autant de plaisir .et oui c’est mieux que de cramer des bagnoles .

    très bonne journée Mariuss et une grosse pensée pour notre amie Lorette qui est hospitalisée depuis hier .
    Bisous à plus tard .
    Marie

  5. eurekasophie dit :

    Kikoo Marius,
    Y’a que quand on est jeune qu’on peut se permettre de telles aventures..Téméraires et aventuriers! Quand on est vieux, c’est autre chose: de l’inconscience ou de la Konnerie. Toujours est-il que vous en avez bien profité. J’aime beaucoup le texte et les photos: chouettes ! J’attends la suite, en espérant revoir un OVNI , pourquoi pas, ou autre chose . Mais je suis sûre que la chute sera intéressante.
    Merci pour ta participation à la bonne tenue de mon blog lol !!! j’ai remis le cumin à sa place nan mais !
    Bises et bonne journée
    Sophie

  6. mariuss dit :

    Pinprenelle > C’est pas parce que l’on visait la Croix-sur-Roudoule à partir de la croix du Sapet que c’est un chemin de croix pour autant. C’est juste un hasard.

    Regagner la civilisation ? Ooooh, bien sûr !

  7. mariuss dit :

    farandoles > Toutes, noon ! En particulier le coup des pierres. Mais pour le reste grosso modo, oui, l’itinéraire avait été communiqué, le tabac et les pipes étaient connus, enfin ya rin d’extraordinaire, simplement maintenant les choses ont changé.

    Lorette, je savais qu’elle allait pas trop fort, mais hospitalisée ? tell me more par mail, setepleu

  8. mariuss dit :

    Sophie > Pourquoi, je me sens capable de faire d’autres folles aventures. Quand j’ai attaqué le parapente, seul, sans moniteur, vers 50 ans, c’était pas une folle aventure ? Quand j’ai attaqué le bateau seul au milieu des années 90, c’était pas une folle aventure ? Et j’ai pas l’impression d’être inconscient ou kon. Je vais de l’avant c’est tout. Même si je deviens plus circonspect, et que j’ai jamais été casse-cou.
    Non, la chûte sera ce qu’elle fut, en tout cas racontée très proche de ce que je m’en souviens. Mais il y a encore une fin de nuit et une journée de rando pour le suspense.

    J’ai pas cherché à ranger ton blog, je voulais juste signer le livre d’or.

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