Archive pour 11 novembre, 2009

Trois jours en alpage 6 nuit noire

Mots-clé : pas de lumière, nuit, pas facile, 300

Edit > vous êtes en train de lire ma 300° page du blog. Et c’est Marie qui l’a inauguré cette nuit.

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Résumé : Nous avons laissé nos trois jeunes, sur un chemin perdu au revers sud-ouest du Dôme du Barrot, en pleine nuit nuageuse, avec seulement la dernière de leurs trois lampes de poche en état.

« Nous utilisions maintenant la torche de Big. Ah, la torche de Big ! Un monument sa torche ! Il l’avait bricolé pour y voir. Elle portait son cercle à plus de 200 mètres. A partir d’une torche classique à deux grosses piles rondes, il avait mis une ampoule de phare de moto, fait une rallonge pour le tube dans lequel il logeait six grosses piles. Non seulement cela éclairait mieux que certains phares de voiture de l’époque, mais sa durée de vie dépassait une heure dans les grottes. En plus, ce qui ne gachait rien, c’était une arme redoutable propre à estourbir un cochon sauvage en Corse (comme nous l’avions testé l’été précédent en forêt de Calacuccia lorsqu’ils s’en étaient pris à nos réserves de porridge).

Mais même les outils les plus performants ont leur limite. Et bientôt la fameuse torche de Big rendit l’âme à son tour. Du coup, hormis briquet  et bougie dans l’enveloppe de secours avec le billet de 100 francs et nos allumettes (italiennes, celles qui s’allument même mouillées, même en grattant sur une simple pierre, interdites en France comme il se doit) nous étions dans la nuit noire. Big avait bien un stylo lance-fusées avec trois cartouches et trois fusées, mais cela aussi c’était en cas de vrai pépin tout comme le petit feu de Bengale.

Bon, nous n’étions pas trois jeunes ados qu’un peu de nuit noire allait arrêter, mais par contre nous aurions bien aimé savoir où nous étions. Faut dire qu’à cette époque la montagne était vraiment déserte : à part le berger, la boulangère et le boucher de la veille, cela faisait 48 heures que nous avions croisé dégun (= personne en Niçois), si ce n’est le paumé d’Auvare, probablement un berger transportant une grosse branche aperçu dans l’aprème, de loin, lorsque nous étions au dessus des granges d’Auvare.

Marnes de laRoudoule

Autour de la Croix sur Roudoule. Cliché du blog de Wilfried

On peut pas dire qu’on était perdu, néanmoins nous n’étions pas sûrs à 100 % d’être sur le bon chemin, encore que ce soit fort probable, nos trois boussoles (des Recta, les autres, à cette époque, c’était de la mierda) nous avaient indiqué, juste avant la fin de la lampe torche, que nous progressions globalement dans la bonne direction.

Le fait, de ne plus être éblouis par la lumière de la torche, nous avait rendu notre vision nocturne au bout de 20 minutes d’obscurité. Et, là, je me suis rendu compte que le chemin était pâle et non plus sombre, donc nous étions sortis des roches rouges, nous étions soit sur l’auréole triasique autour du Barrot soit même sur les marnouilles calcaires, mais je savais maintenant à peu près où. Purée, on avait vachement traîné, la Croix-sur-Roudoule était plus loin que ce que nous pensions, et même si des trouées entre les nuages apparaissaient sur l’ouest, la lune au sud ne se montrait pas, ce qui rendait la marche nocturne pas facile et surtout lente. Nous nous fixons une limite : encore une heure, puis on cherche un coin pour bivouaquer, juste avec le double toit monté sur un seul mat bambou.

Pieds qui butent dans tous les cailloux, pierres qui partent sous notre pas, jurons divers mais assez peu variés tout compte fait, rythment notre lente marche, ponctuée d’arrêts sucre et pruneaux secs, car nous commençons à fatiguer. De plus, le premier de notre file (celui en tête change souvent) s’arrête à tout bout de champ, car il nous arrive de paumer le sentier ou de ne plus savoir si nous sommes toujours dessus.

Et depuis quelques temps, nous trouvons que les grillons, criquets et sauterelles font beaucoup de bruit avec leur cricri nocturne. Toutes ces stridulations forment un concert extraordinaire. Mais il y en a un (une ?) qui fait un raffut du diable. Jusqu’au moment où Big est heurté par une grosse bête en plein front qui rebondit sur ma casquette.

Ca, on connaît, c’est soit un rhinocéros…

Quoi, il radote le mariuss ? Mais non, pas un truc de la savane de trois tonnes, non, juste un gros insecte du sud, genre scarabée, d’environ cinq centimètres de long, d’une jolie couleur acajou verni, avec une longue corne de presque un centimètre sur la tête et qui vole lentement avec un bruit d’hélicoptère.

Donc, un rhinocéros ou bien un capricorne du chêne, deux longues antennes de 10 cm, tout brun-noir. Profitant d’un répit de non-usage, notre torche nous redonne cinq secondes de lumière faible et jaunâtre pour observer le bestiau qui s’agite au sol sur le dos : jamais vu ! Un monstre issu du croisement d’un criquet géant de 12 cm et d’une taupe donc il possède les pattes en pelles fouisseuses (=pour creuser). Une taupe-grillon ou courtilière.

courtilière RM

Documentation : Courtilière Aquarelle de René Michaud

Ce sont donc ces courtilières qui font ce cri-cri d’enfer dans leur terrier en Y dont les deux galeries font caisse de résonance, faisant porter le son, très fort, très loin. Sympa, mais on peut pas explorer les prés de trop près en pleine nuit noire. Alors on repart. Purée, le fusil commence à devenir lourd et Barrette parle de bazarder son crâne de bélier.

Soudain, un coassement ! de l’eau ! Sur une croupe ?…..!

D’un coup, les nuages se déchirent au sud, et même si la lune n’est pas visible, sa lueur nous éclaire le sol et le chemin. Chemin qui chemine entre deux murets de pierre. On se rapproche de la civilisation. Je suis en tête et j’avance très doucement car l’ombre du muret de gauche me cache le chemin.

- »C’est pas trop tôt qu’on y voit un peu, car, il a une sale gueule ce chemin, je me demande si tout à l’heure on aurait pas du prendre sur la dr…… Mierd ! de l’eau, cela brille devant. Stop ! poussez pas j’ai déjà un pied dans la flaque ! Dites, c’est quoi ce bordel de chemin qui  - là je me baisse pour mieux voir le reflet de l’eau -

Hé ! c’est plein d’eau sur 20 mètres et avec les deux murs on peut pas éviter. Doit y avoir une source ou un suintement, mais ça fait beaucoup d’eau quand même. Bon, demi-tour, on revient au carrefour à 20 mètres et on se pose pour la nuit, cela devient trop merdique. Pis les nuages qui se sont referm Aïe dans quoi je me suis tapé, purée ya des barrières ou des piquets, c’est un champ.

nuit noire

Ouais mais c’est plat, là où je suis, dit Big, entre les trois trucs là, les poteaux,  on peut poser le double-toit. Je m’en occupe sortez vos duvets, on va étaler la tente à plat comme tapis de sol.

Moins de cinq minutes plus tard, silence total, tout le monde dormait à poings fermés.

 

Cocoricoooo !

village Croix/roudoule

Photo du village de la Croix sur Roudoule cliché SismodesEcoles 06

Un coq ! Purée 8 h47 ! Mais c’est le village ! Hé les mecs, Big ! Barrette ! on est à pas 50 mètres du villag……………

……………………….

……………………….

Tu vois ce que je vois ?

Mgnnn ? hein ? JE DOOORS ! foutez-moi la paix !

On est au milieu du cimetière ! Les poteaux c’étaient des croix, les barrières les grilles autour des vieilles tombes ! Pis, ya plein de bouts de vieux os par terre et même une dent là, regarde la moitié des croix est renversée, c’est plein de mauvaises herbes. Eudoxie 1865-1899. Et là ! Donadio Constance, Donadio Fortuné, waïïï les noms !

Purée, on a dormi dans un cimetière ! sur une vieille tombe…

Eh, les mecs ! Viendez-voir votre chemin !

Mierd ! C’était pas un chemin entre deux murs ! Pis t’as vu la couleur bleu-vert, blaaah! Qu’estce que c’est ? Ben j’ai l’impression que c’est du sulfate de cuivre mélangé à du purin s’écoulant du tas las-bas. Mais pourquoi sur le chemin ? T’as pas compris ? C’est pas un chemin je te dis, c’est un corridor à désinfecter les brebis, on les force à traverser le bain de sulfate dans lequel elles ont plus que le museau qui dépasse. Je crois qu’il font ça, avant de les faire transhumer en alpage.

N’empêche, dormir sur les mémés d’avant quatorze, dans un cimetière, on voudra jamais nous croire. Bon, si ça vous fait rien on va petit déjeuner dans un coin plus gai.

Qu’arrivera-t-il à nos trois jeunes lors de cette troisième journée de rando à venir ?

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Edit > J’aime pas halloween, cela ne fait pas partie de notre patrimoine, mais ya quelques jours, sur tous les blogs consultés, halloween, halloween. Fallait donc que je trouve dans mes souvenirs un truc racontable lié à cette thématique. C’est cette histoire de cimetière. Même si le temps de raconter toute l’histoire, halloween est passé depuis une bonne semaine. en fait cette randonnée n’a pas eu lieu aux vacances de Toussaint 1967, mais en juin 1967, la nuit tombait donc vers 22 heures.
en prime un tour « Randoxygène »,  vous savez,  avec Arnica et son sac à dos !

ou bien le blog de Wilfried Bartsch

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