Archive pour 6 décembre, 2009

les rigaous

mots-clé : rouge-gorge, histoire du haut-pays

C’est une histoire du temps du père d’Aimé. Aimé Donadio est un vieux du village qui de plus en plus souvent commence à répiépier (=radoter. Tine et moi, il croit qu’on est de sa famille, et qu’il nous donné la grange de Laval alors qu’on a acheté à son gendre la campagne de l’Adrech de Charelle – prononcez adretche (=adret, versant exposé au sud) si vous voulez pas faire touriste – une campagne c’est une ou deux parcelles cultivables ou fauchables avec une grange à usage d’habitation temporaire). Mais il raconte aussi parfois.

En ce temps là, il fallait bien manger et on posait des pièges (je n’ai pas idée du type de piège : lèques ? gluaux ?… ou plus probablement à assommoir à pièces de bois et ficelles) pour choper les petits noiseaux : les grives à la passée en novembre, les piapias (=grives litornes) et d’autres petits passereaux en particulier les rigaous (=rouge-gorge). Bon, c’est pas politiquement correct, mais c’était comme çà.

histoire horrible poov petit rouge-gorge

Donc un jour, à la grange de la tête de Falcoun – il y niche toujours des couples de faucons pélerins – Fortuné, le père avait invité deux de ses amis pour les remercier de l’avoir aidé lou maï (=le mois de mai) précédent à poser les taules de mele (=planches de mélèze appelées bardeaux, avec deux rainures) sur le toit, ainsi que le pitchun (=le petit, ç. à d. Aimé quand il était petit), et Roux, versaillais au parler pointu comme une moustelle (=belette) venu pour chasser la lèbre blanca (=le blanchon, le lièvre variable qu’on chasse avant qu’il neige, en forêt, quand il est encore couleur beige, avec le chien).

Alors Fortuné avait sorti du carnier cinq belles oucelles (=oiseaux) : quatre cha-chas (=autre nom des grives litornes) flinguées à l’espère (=le soir en espérant la passée de la petite troupe d’oiseaux au vol) en deux jours et une draine piégée avec une baie de genièvre, dont, très fier, il avait ébouriffé les plumettes. Puis, fourrageant dans les poches cousues par l’Odette tout partout dans sa grosse veste de chasse en épais velours côtelé, il en sortit des grappes de rigaous (=rouge-gorge comme déjà dit, je répète pour les blondes) , 24 au total, liés entre eux par les pattes, qu’il jeta sur l’épaisse planche de mèle (=mélèze, bois imputrescible) de la table ou quatre coupelles étaient creusées pour manger la soupe.

En ce temps là, le quotidien du soir, c’était la soupe servie directement dans les écuelles creusées dans l’épaisseur de la table, dans lesquelles on faisait tremper les morceaux de pain coupés du pouce (=épais comme le pouce) avec le couteau de berger, et que selon la saison on épaississait d’une cuillère de farine de châtaigne ou d’épeautre (=blé vêtu, çàd avec des arêtes comme un épi d’orge, ancien d’altitude). Le restant de cette soupe étant réchauffée le matin avant de partir encore dans la nuit s’occuper des bêtes. Quand au midi, le plus souvent un quignon de pain sorti du sac de berger en bandoulière, grignoté avec un oignon, assis sur un talus ou un rocher, complété de deux figues sèches ou d’un petit morceau de tome enroulé dans une feuille de châtaigner et que l’on frottait de pebre d’aï (=poivre d’âne alias sarriette) qui poussait partout ou plus haut de serpolet (=sorte de thym d’altitude, plus doux).

- »J’ai calé (=disposé mes pièges en équilibre pour que le moindre mouvement d’un oiseau le déclenche)  mes quatre douzaines de pièges dans les graves (=éboulis) des clapettes, avec des aludes (=reines vierges ailées de fourmis sortant par milliers les après-midis lourds, pour les essaimages de fin d’été) qui me restaient du gros orage d’août : cela va en faire quatre chacun.

Le Roux, à la vue des plumes rouges de la gorge, avait lancé « quel dommage !« , vite arrêté par Fortuné « pas de sentiment déplacé, sount es pas des frema ! (=on est pas des femmes, des femmelettes)« 

« Allez toi le Calixte Car, tu les plumes et les enfiles sur les baguettes, la grosse au mileu, les rigaous aux extrémités, le pitcho va leur bruler le duvet sur un fagot de gineste (=genêt cendré) et toi le Marcel Bellieud, de l’ongle du pouce tu les vides du cul en appuyant sur le ventre et tu les bardes de lard ces oucellous, moi j’écrase les grains de genièvre avec l’ail et l’aygardin (=eau de vie de prune sauvage acide) dans lo mortier ave lo pion (=le mortier avec le pilon) pour préparer les tranches.

rouge-gorge R Hainard

Documentation : Rouge-gorge. Dessin de Robert Hainard 1951 .

Vous remarquerez, que je reste fidèle à mes habitudes d’illustration : je reprends un artiste animalier déjà présent dans les pages du blog, Robert Hainard, cette fois avec un dessin de rouge-gorge. Et je vous mets dessous deux autres illustrations, mais en aquarelle cette fois, vous présentant un autre artiste animalier.

blanchon M Bos

Documentation : Blanchon en hiver, aquarelle de Martial Bos

grive litorne M Bos

Documentation : Grive litorne en hiver, aquarelle de Martial Bos.

J’adore le travail de Martial Bos, que j’ai découvert il y a une dizaine d’années, artiste naturaliste animalier peu prolifique, spécialisé sur le Mercantour, dont je préfère, et Tine aussi, les sculptures bois. Lui préfère travailler la pierre. Mais nous regrettons toujours le troglodyte qui était en vente à la Maison du Parc, et que nous avons trop hésité, l’expo n’a pas été prolongée. Grrr !

La suite de ce repas de chasse avec les tranches

Bon j’esseplique : on fait pas forcément pire en environnement qu’au « bon vieux temps ». Faudrait pas voir à culpabiliser.

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