les rigaous

mots-clé : rouge-gorge, histoire du haut-pays

C’est une histoire du temps du père d’Aimé. Aimé Donadio est un vieux du village qui de plus en plus souvent commence à répiépier (=radoter. Tine et moi, il croit qu’on est de sa famille, et qu’il nous donné la grange de Laval alors qu’on a acheté à son gendre la campagne de l’Adrech de Charelle – prononcez adretche (=adret, versant exposé au sud) si vous voulez pas faire touriste – une campagne c’est une ou deux parcelles cultivables ou fauchables avec une grange à usage d’habitation temporaire). Mais il raconte aussi parfois.

En ce temps là, il fallait bien manger et on posait des pièges (je n’ai pas idée du type de piège : lèques ? gluaux ?… ou plus probablement à assommoir à pièces de bois et ficelles) pour choper les petits noiseaux : les grives à la passée en novembre, les piapias (=grives litornes) et d’autres petits passereaux en particulier les rigaous (=rouge-gorge). Bon, c’est pas politiquement correct, mais c’était comme çà.

histoire horrible poov petit rouge-gorge

Donc un jour, à la grange de la tête de Falcoun – il y niche toujours des couples de faucons pélerins – Fortuné, le père avait invité deux de ses amis pour les remercier de l’avoir aidé lou maï (=le mois de mai) précédent à poser les taules de mele (=planches de mélèze appelées bardeaux, avec deux rainures) sur le toit, ainsi que le pitchun (=le petit, ç. à d. Aimé quand il était petit), et Roux, versaillais au parler pointu comme une moustelle (=belette) venu pour chasser la lèbre blanca (=le blanchon, le lièvre variable qu’on chasse avant qu’il neige, en forêt, quand il est encore couleur beige, avec le chien).

Alors Fortuné avait sorti du carnier cinq belles oucelles (=oiseaux) : quatre cha-chas (=autre nom des grives litornes) flinguées à l’espère (=le soir en espérant la passée de la petite troupe d’oiseaux au vol) en deux jours et une draine piégée avec une baie de genièvre, dont, très fier, il avait ébouriffé les plumettes. Puis, fourrageant dans les poches cousues par l’Odette tout partout dans sa grosse veste de chasse en épais velours côtelé, il en sortit des grappes de rigaous (=rouge-gorge comme déjà dit, je répète pour les blondes) , 24 au total, liés entre eux par les pattes, qu’il jeta sur l’épaisse planche de mèle (=mélèze, bois imputrescible) de la table ou quatre coupelles étaient creusées pour manger la soupe.

En ce temps là, le quotidien du soir, c’était la soupe servie directement dans les écuelles creusées dans l’épaisseur de la table, dans lesquelles on faisait tremper les morceaux de pain coupés du pouce (=épais comme le pouce) avec le couteau de berger, et que selon la saison on épaississait d’une cuillère de farine de châtaigne ou d’épeautre (=blé vêtu, çàd avec des arêtes comme un épi d’orge, ancien d’altitude). Le restant de cette soupe étant réchauffée le matin avant de partir encore dans la nuit s’occuper des bêtes. Quand au midi, le plus souvent un quignon de pain sorti du sac de berger en bandoulière, grignoté avec un oignon, assis sur un talus ou un rocher, complété de deux figues sèches ou d’un petit morceau de tome enroulé dans une feuille de châtaigner et que l’on frottait de pebre d’aï (=poivre d’âne alias sarriette) qui poussait partout ou plus haut de serpolet (=sorte de thym d’altitude, plus doux).

- »J’ai calé (=disposé mes pièges en équilibre pour que le moindre mouvement d’un oiseau le déclenche)  mes quatre douzaines de pièges dans les graves (=éboulis) des clapettes, avec des aludes (=reines vierges ailées de fourmis sortant par milliers les après-midis lourds, pour les essaimages de fin d’été) qui me restaient du gros orage d’août : cela va en faire quatre chacun.

Le Roux, à la vue des plumes rouges de la gorge, avait lancé « quel dommage !« , vite arrêté par Fortuné « pas de sentiment déplacé, sount es pas des frema ! (=on est pas des femmes, des femmelettes)« 

« Allez toi le Calixte Car, tu les plumes et les enfiles sur les baguettes, la grosse au mileu, les rigaous aux extrémités, le pitcho va leur bruler le duvet sur un fagot de gineste (=genêt cendré) et toi le Marcel Bellieud, de l’ongle du pouce tu les vides du cul en appuyant sur le ventre et tu les bardes de lard ces oucellous, moi j’écrase les grains de genièvre avec l’ail et l’aygardin (=eau de vie de prune sauvage acide) dans lo mortier ave lo pion (=le mortier avec le pilon) pour préparer les tranches.

rouge-gorge R Hainard

Documentation : Rouge-gorge. Dessin de Robert Hainard 1951 .

Vous remarquerez, que je reste fidèle à mes habitudes d’illustration : je reprends un artiste animalier déjà présent dans les pages du blog, Robert Hainard, cette fois avec un dessin de rouge-gorge. Et je vous mets dessous deux autres illustrations, mais en aquarelle cette fois, vous présentant un autre artiste animalier.

blanchon M Bos

Documentation : Blanchon en hiver, aquarelle de Martial Bos

grive litorne M Bos

Documentation : Grive litorne en hiver, aquarelle de Martial Bos.

J’adore le travail de Martial Bos, que j’ai découvert il y a une dizaine d’années, artiste naturaliste animalier peu prolifique, spécialisé sur le Mercantour, dont je préfère, et Tine aussi, les sculptures bois. Lui préfère travailler la pierre. Mais nous regrettons toujours le troglodyte qui était en vente à la Maison du Parc, et que nous avons trop hésité, l’expo n’a pas été prolongée. Grrr !

La suite de ce repas de chasse avec les tranches

Bon j’esseplique : on fait pas forcément pire en environnement qu’au « bon vieux temps ». Faudrait pas voir à culpabiliser.

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14 commentaires

  1. francis02 dit :

    je reviens sur la douche
    oui elles étaient filmées sous la douche
    mois je ne trouve plus la vidéo
    faut que je m’y attèle
    bonne journée

    Dernière publication sur NOUVELLES d'hier, d'aujourd'hui, de demain : Articles du 1° mai

  2. eurekasophie dit :

    J’aime le pittoresque des vieilles histoires…
    Marius,
    tu es un amoureux de ton pays, de ses villages perchés, ses personnages hauts en couleur. On imagine les bergers, les joueurs de fifre, les ramasseurs d’herbe sauvage, les conteurs, les lieux ou se cachent les marmottes….Merci Marius pour ce voyage dans le temps, un temps où tout semblait plus simple.
    Merci aussi de nous faire partager ces belles aquarelles.
    Bonne journée
    Bises
    Sophie

  3. farandoles dit :

    Bonjour Mariusss ,
    J’aime également les histoires comme celle que tu viens de nous conter .
    Mon cher papa m’en racontait pas mal de sa Normandie je buvais ses paroles ( liens très fort avec mon papa ) .

    C’est toi qui pose un piège pour les zoizeaux !!! nan c’est une blague ,tu adores la nature .
    Belles illustrations .
    Très bonne journée à plus tard .Bisous
    Marie

  4. mariuss dit :

    Francis > oh cela doit bien traîner quelque part sur le net. Vu ta capacité de dénicher des trucs sympas, tu devrais y arriver.
    Mais si tu t’y attèles fais attention à pas te faire réquisitionner pour les traineaux du Père Nowelle dont certains rennes manifestent à cause de la délocalisation qui leur préfère des chameaux…
    à la relecture, c’est nul, mon truc, encore qu’illustré faudrait voir. Il me reste à apprendre à dessiner des chameaux…

  5. mariuss dit :

    Sophie > Je sais pas si je suis amoureux de ce village, je crois pas spécifiquement, je pourrais tout aussi bien être amoureux d’un clocher suisse avec son village blotti autour ou de Carry-le-Rouet. Peu importe. Non, ce qui me chagrinerait c’est qu’on néglige l’apport des anciens, notre patrimoine, cette accumulation de savoirs patiemment accumulé pour les générations futures de l’époque. Il est de notre devoir de les transmettre à notre tour, y compris quand les valeurs colportées nous semblent iconoclastes. Dans le temps elles ne l’étaient pas,et je ne tombe pas pour autant dans la nostalgie, c’est juste une autre manière de dire  » si jeunesse savait, si vieillesse pouvait « , une sorte de solidarité intergénérationnelle, et puis aussi parfois un plaisir bien égoïste, même si pour cela je doit casser l’image du mariuss. Nous ne vivons pas dans l’univers des Bisounours.
    Regarde les toutouyoutou, faut quand même bien reconnaitre que c’est leur cul qui a fait leur succès à l’époque plus que leur musique ou la gym proprement dite. Même si, sur le coup, personne n’osait trop le dire.

    Pour ce qui est des conteurs, je pense qu’ils sont capables de faire passer du merveilleux, du rêve à toutes les générations. ET mes basiques de coups de coeur artistiques, considérés comme d’une ringarditude absolue par certains collègues d’Art, du haut de leur expertise, j’en ai rien à faire. Un objet d’Art, ne vaut pour moi, que ce que je suis prêt à m’enthousiasmer. Des trucs inconnus chargés d’émotion et qui me parlent ont, pour moi plus de valeur qu’un Renoir concupiscent et lubrique en fin de vie face à ses modèles nus. On m’en offrirait un, je revendrais aussi sec pour filer une partie aux restos du coeur, une partie aux assoces de pompes à morphine, une partie à mon amie dans le besoin momentané, installer mes deux grands, et avec les miettes me payer une toile ou une aquarelle inconnue qui me plaise et aménager ma ferme en salle d’exposition, même si pour trouver du public son côté excentré est mal placé.

  6. mariuss dit :

    farandoles > Cette histoire est un mélange d’une histoire vraie issue d’un conteur ayant chassé et gardé dans les alpages du Mercantour à 25 kms de chez moi, et d’éléments et personnes vraies aussi picorées dans l’entourage spatial et social de ma grange de chez les loups, mais encore vivants donc dont j’ai brouillé les noms, prénoms et lieux pour éviter qu’on reconnaisse, même si un villageois tombant sur mon blog identifierait tout de suite qui et où.

    Les pièges à tinoizeaux ? Oh non, mais j’en ai récupéré un à fouine à ma ferme viticole, il doit en rester un à renard dans un réduit chez mes parents, que j’avais trouvé étant djeun’s dans le Mercantour et mon voisin agriculteur saintongeais en a deux à je ne sais quoi, que j’espère bien un jour lui racheter.
    Par contre, j’adorerais tomber sur une lèque que je m’empresserai de confisquer, ou au moins de photographier, mais je n’en ai jamais vue. Mais je ne désespère pas avec mes amis chasseurs et chasseurs photographiques d’être initié à certains aspects moyennement légaux des « activités traditionnelles ».
    J’ai un ami qui en a peut-être posé ou vu poser quand il était jeune. Faudrait que je pense à lui demander.

  7. farandoles dit :

    Pour terminer avec les deux timbrées de toutou youtou à l’époque comme tu le dis si bien personne ne le disait et Bernard Tapie venait faire le clown avec elles ,leur gym de dingue était beaucoup trop violante
    très mauvais pour le coeur .
    Plus du tout la même chose maintenant ,heureusement mais elles ont toujours des salles les mamies ( sourire )

    Bon tu ne réponds pas lorsque je te demande comment va Tine grrr il y a du laisser-aller Mariuss .3
    Bisous et à plus !! si si je vais revenir :-)
    Marie

  8. farandoles dit :

    Voilà je suis de retour mais pas pour un mauvais tour ( sourire ) mais te souhaiter une très bonne soirée
    et une meilleur santé pour Tine .Bisous du soir .
    Marie .

    PS ; tien ma pote n’est pas passée !!! elle court comme toujours ;-)

  9. J’ai pris le temps de tout lire, et je ne savais pas que ces oiseaux se mangeaient. Tu emplois du patois local cela me fait pense à mon grand-père qui le parlait couramment et je ne comprenais jamais rien « la pauvrette » « la parigote ». Mais par contre dans le pays de ma mère j’ai connu dans la grande table de cuisine en bois brute, des éviers creusés dans le bois pour faire la vaisselle. D’un côté l’eau très chaude pour laver et rincer de l’autre côté mais avec de l’eau tiède. Des origines des pays de l’Est (entre nous Adriana KARENBEU est ma cousine lointaine…mais chut.)Donc pour moi à l’époque c’était une découverte de voir un évier dans une table.
    Finalement à lire ton histoire, les anciens chassaient toutes sortes de volatiles.
    Le parc de Mercantour j’y retournerais bien. Une endroit que j’ai bien aimé. J’aime la montagne et en ce moment avec ces sommets enneigés, c’est magique et féérique. J’aime la neige.

    J’ai du me reprendre à plusieurs fois pour lire ton texte car il y a des mots comme « rigaous » « oucellous »….etc…là il me manque de la culture génèrale.

    Avant de lire que ces dessins étaient d’un naturaliste j’ai cru que c’était tes dessins, ils sont très beau.

    Bonne soirée à toi. Tendresse

  10. evelynej dit :

    Voilà un article riche et savamment illustré ! Je ne suis pas blonde mais seulement fatiguée et, comme le vocabulaire du terroir est important, je reviendrai faire une deuxième lecture demain…
    Bonne nuit
    EvelyneJ

  11. mariuss dit :

    farandoles > Tine va beaucoup mieux, elle m’a même piqué mon ordi, lol

  12. mariuss dit :

    farandoles de retour > journée agitée boulot aujourd’hui, donc travail très tardif sur le blog. Mais toujours au plus près de l’actualité… à ma façon, certes. :-D

  13. mariuss dit :

    Adiaaaanaaaa, t’es prête ? > lol. Bon, l’autre jour on l’a vu de près sur une interview, ben c’est comme Véronique et Davina, on fantasme moins dessus, depuis qu’elle a oublié d’utiliser « je le vaux bien Q10 revitalift », bon ceci dit les exhibitionnistes n’ont jamais été mon truc. Pis tous les matins en me rasant je me vois, pas lol. Heureusement que je me dessine plutôt que je ne me photographie sur mon blog, lol !
    Mais je dessine pas comme les auteurs que je présente. Moi je suis juste géologue.

  14. mariuss dit :

    Evelyne > Pour toi et mes amies blondes, j’ai revu le texte, le truffant de notes de bas de page en plein milieu du texte pour les gens qui ne sont pas gavots (nom donnés aux bas alpins et au patois nissart du haut-pays)

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