les biassa (les carniers les besaces)

Mots-clé : l’abus d’alcool est dangereux, à consommer avec modération

Je vous ai pas encore parlé des biassa (=carniers). Car, tous, en bandoulière sur leur tenue de chasse en velours brun foncé, en avaient une, sauf moi, lou pitcho, que j’avais que la besace que m’avait fait le Féraut, l’oncle Sébastien de Péone, mon parrain, dans un épais et ancien morceau de drap de chanvre bruni par les années passées à protéger le dos de la mule en sueur quand elle nous avait aidé à rentrer los barilhons de foin (=grosse boule de foin coincé dans un assemblage de corde formant un filet lâche et de deux pièces de bois, los tirant portant nos initiales) début juillet

attacher un barilhon

mulet chargé de deux barilhons de foin

Documentation : préparation et attache d’un barilhon et mule ou mulet chargé de deux barilhons de foin avec l’Odette

ou aller porter le bat de fumier sur la prairie de fauche début avril. Avec un restant de sangle de harnais solidement cousu sur cet épais tissu indéchirable cela me faisait une besace pour aller à l’école les six mois où on était obligé d’y aller. Dans cette besace un peu minable mais très solide, je serrais une bûche chaque matin, pour la maîtresse, mon quignon de pain et deux échalotes, deux figues et une de ses poires dures mais savoureuses que donnait en décembre le vieux poirier derrière l’aire (=surface dallée où on battait le blé avec le fléau ou en piétinant avec la vache) et qui se conservaient si bien tout l’hiver, posées dans le séchoir au dessus du fenil, étalées aux quatre coins barrés par une planche de méle (=mélèze)

L’odeur des pommes, de ces poires, des coings et des châtaignes, tombait dans le réduit qui nous servait de chambre à moi et Amédée, passant par les interstices des épaisses planches de mele disjointes formant le plafond de chez nous et le plancher de la fruitière. Des fois, un loir faisait la sarabande en septembre, avant qu’il n’y ait les fruits, et les chats, et alors de la poussière d’or dansait dans le rayon de soleil qui se glissait entre les grosses pierres du mur, où on n’avait pas trop forcé sur la chaux….

Ho ! Aimé, tu nous racontais les biasses et la tranche.

Vouaï, je me souviens maintenant, faut dire que j’ai plus toute ma tête et la Paule elle me dit que je rapiépiète un peu.

les nemrods

Alors voui, les biassa, ils étaient gonflés et pas comme ma besace où je serrais mon trésor : le couteau de berger du Firmin, avec la pointe cassée et les anneaux gravés sur le manche pour compter, le lance-pierres avec l’élastique en chambre à air de vélo, les deux billes de roulement à billes, la pépite de cuivre rouge natif que Sébastien il m’avait ramené de l’ancienne mine de Cerisier dans le Barrot à la Croix et le caillou de malachite (=minerai de cuivre vert vif) que j’avais trouvé dans le travers-banc du Pitaffe de quand ils avaient extrait de la propriété de l’Agathe Baylon,chez nos ennemis de Roure, 40 tonnes de minerai de cuivre qu’ils ont envoyé là haut, à Givet, à la Compagnie Française des Métaux en 1922… Ca en faisait du travail pour les hommes l’hiver…

mine de cuivre du Cerisier 1870

Documentation : Mine de cuivre du Cerisier vers 1870, abandonnée après 18881

Aiiimé ! Les biassa et la tranche !

Ah voui, les carniers, ben en plus des cols qu’on voyait dépasser de chacun, le Calixte Car et le Marcel Bellieud déballèrent le miou (=meilleur) d‘une poche latérale, avé un bouchon de liège, un bocal où des pruneaux fripés essayaient de se regonfler au marc, le jambon salé, les olives noires, les olives vertes cassées et le fromage de bique et puis l’apéritif au vin de sauge, romarin frais de Marie ou de la Bollinette, vin rosé, vin blanc, vin rouge, fiole de goutte et le traditionnel bouteillon de fine. .Entre les oucellous, les deux grosses miches cuites comme tous les quinze jours lors de notre tour à nous les Donadio, au four communal, et qu’on se les marquait avec la marque en buis, une croix dans un rond, avec un petit rond dans chaque quartier, comme nos campagnes autour du village, une dans chaque quartier de granges, une à Charelle, une à Lavalle, une aux Buisses (ho, mossieur Roux, pour pas faire parigot de Paris faut dire Buissèss) et celle du vallon de Falcoun où se passe l’histoire. Bref, la table était suffisemment garnie pour une ripaille à douze durant une semaine.

intérieur pour un repas de fête ou de chasse marque en buis pour le pain

Documentation : ripaille pour douze à Péone  et marque en buis pour le pain diam 4 cm

Avec son parler pointu de moustelle, Roux nous dit : dans ma carte, j’avais glissé çà, c’est du poiré (sorte de cidre de poire, assez apre)  de ma famille à Jumièges, où il nous reste un peu des vergers, et un peu de Calva à 94°, parce que le grand-père il a droit qu’à 100° mais il dit toujours qu’il a pas appris à compter et que peut-être bien que 70 bouteilles à 45° degrés, si on décompte la part des anges, ça fait 100° peut être pas, en tout cas celle là, comme les 69 autres il l’a faite à 94° comme ça même s’il s’en évapore un peu, on sent encore bien le goût, et jamais personne il est allé s’en plaindre aux contributions!

Donc, Fortuné, après avoir recompté cinq fois sur les doigts, aidé par le Calixte et le Marcel, vingt quatre rigous plus cinq grives, cela fait bien 30 oucellous, donc une tranche de pain  par oucellou, 30 tranches de pain à couper.

Mossieur Roux avait bien tenté de protester, mais Fortuné un peu enveriné (=énervé) l’avait rembarré « le parisien sentimental, ouste ! Au travail ! Il fait ce qu’on lui a dit de faire et en plus il va manier le bouffe (=soufflet pour le feu, équivalent du bouffadou cévenol ou auvergnat, mais que je n’ai jamais croisé dans le haut-pays, seulement de plus modernes soufflets bois et cuir)  

La suite de cette histoire dans le post « les tranches »

 

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Edit > Les habitants de Beuil dont on a un peu brulé les granges et violé les filles ya 400 ans, disent de nos hommes qu’il y en a de deux sortes : Ceux dont les bras sont trop courts pour pisser, et à l’inverse, ceux qu’ont pas besoin de se baisser pour se gratter sous les genoux, mais que des fois c’est à droite, des fois c’est à senestre ! (voir dessin de la photo des nemrods) D’après moi, il subsiste un litige entre les deux villages, lol

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19 commentaires

  1. francis02 dit :

    beau reportage
    bonne journée

    Edit ******** Au fait, Francis t’as posé le 3333° commentaire ! Cela s’arrose ! Passe à la grange, j’ai pas de fine, mais on va faire péter une bonne bouteille, lol

    Dernière publication sur NOUVELLES d'hier, d'aujourd'hui, de demain : Articles du 1° mai

  2. mariuss dit :

    Francis > C’est pas tant un reportage, qu’une histoire, un peu ajustée pour vexer personne, et où je pique dans ma doc perso des docs pour vous mettre dans l’ambiance, même si certaines photos sont un peu diachroniques, encore qu’elles concernent toutes ce coin de terroir et d’humanité.

    Mais à mon sens c’est pas uu reportage dans la mesure où la prochaine fois j’irais pas voir les Zoulous ou le Grand Saint Bernard et son minar euh…

  3. farandoles dit :

    Bonjour Mariuss ,
    Une histoire ou je vais me régaler mais je dois encore ma laver pfff je vais rejoinde mon Amie Tendresse pour déjeuner ,je reviens cet aprèm pour ma lecture .
    Bisous j’en ferais une pour toi à Tendresse .
    Marie qui cavale .

  4. eurekasophie dit :

    Bonjour Marius, que c’est donc extraordinaire de lire un tel récit. Non je n’exagère pas. C’est pittoresque, ça sent bon, j’en ai les odeurs qui me viennent aux narines. Et quel festin ! Je me régale le coeur et l’estomac.
    Merci Marius, merci tout plein.
    Gros bisous
    Sophie

  5. mariuss dit :

    farandoles > Atteeeeeennnnds ! c’est dans la suite qu’on se prépare à manger, là juste on déballe et on compte le nombre de tranches de pain à prévoir. Bisou à toi et une deuxième bise que tu fera à Tendresse pour moi !
    Où c’est que vous déjeunez les filles ? Je cherche un truc vite fait pour emmener Tine lorsqu’on va se faire la virée musées à Paris fin décembre.

  6. mariuss dit :

    Sophie > Oui, ce qui semble extraordinaire aussi c’est la capacité à lever le coude qu’ils avaient dans la fin des années 20 ou le début des années 30. lol

    Mais c’est vrai que j’ai essayé de rendre ce coup des odeurs de foin et de fruits au séchoir que j’ai brièvement connu il y a 35 ans dans une ferme de montagne du Mercantour où mon ti-frère était en convalescence.
    Et puis les petites poussières de paille ou de foin qui dansent dans le rayon de soleil ou le trottinement menu du loir, ça j’ai encore dans ma ferme viticole des bords de Gironde pour la paille, et à la grange pour le loir. Donc, cela m’est plus facile de mettre les mots dessus, alors que le vieil Aimé,il se contente d’un « yavait le lérot » ou « les poires dures de Calena » (=Noël)

  7. laurearnoux dit :

    et bien cher Marius j’ ai connu les foins , la chasse oui oui, en vacances dans les alpes durant toute ma jeunesse je ne sais pas tuer un lapin mais je me souviens fort bien de la façon dont on opère bahhhhh j’ en ai la chaire de poule!
    bonne journée alors comme ça tu pleure sur un conte! je découvre qui est Marius le vrai

  8. mariuss dit :

    Lorette > bon, ben, voui, ya pleins de trucs qui me font pleurer, j’y peux rin, je dois être trop sensible sous la carapace ridée de vieux qu’a vu beaucoup de choses, mais c’est pas à mon âge que je vais me refaire, hein.

    Le lapin, tant qu’il s’agit que de donner un coup du tranchant de la main, encore ça va si on est pas obligé de recommencer trois fois passequ’on a eu peur, mais les poulets à saigner çà je m’y fait pas même si j’ai jamais essayé. Tine me dit qu’on mangera que les oeufs si on élève des poules, ce sera que des pondeuses, lol

    Les contes d’Andersen sont tous très durs !
    Moi ce que j’aime c’est les trucs qui finissent bien, j’y peux rien.

    Tu me diras que dans la vie je risque d’être déçu…

  9. C’est un récit très intéressant, je l’ai relu 2 fois. Une bien belle histoire !
    ARSENE GRISALI

  10. mariuss dit :

    Alain > c’est sûr que pour rendre l’ambiance j’ai travaillé dessus, mais ça intéresse pas forcément tous mes lecteurs, encore que je considère que c’est aussi mes délires, même si là c’est réel à 100 % mais composite pour vexer personne.
    Ah j’oubliais, les photos couleurs sont probablemeent de M. & M.-L. Gourdon et la photo de la mine collationnée par un étudiant du temps des aventures avec l’arsenic, qui nous avait indiqué des gisements, A. Mari

  11. Lily dit :

    C’est un très beau récit Mariuss l’on sent qu’il y a du vécu et très bien documenté j’ai connu faire les foins également dans ma plus tendre enfance, que de souvenirs ressurgissent!! Merci de ton partage, tu me demandais le nom du rêne de Papa Nowel qui est sur mon blog c’est  » Danseur » !! :-D et oui ts les rênes ont un nom je ne me rappelais plus! ;-) Bisous et bonne fin de journée!

    Dernière publication sur VA OU TON COEUR TE PORTE...... : A LA LUEUR D'UNE BOUGIE....

  12. Je reviendrais lire tranquillement car j’aime bien lire ce genre de texte qui retrace l’activité des anciens. Mais tu le sais en ce moment je n’arrête pas de courir car je ne veux oublier personne. Tendresse

  13. mariuss dit :

    Fantinette > Danseur, quel joli nom, je n’aurai jamais pensé à appeler un deer danseur, c’est super rigolo.
    Par cpntre quand tu me souhaite bon appétit avec tes trucs pas français, c’est marrant, mais bien que dans une vallée francophone, je suis certain que le jambon d’Aoste, par définition est pas français puisque d’Aoste, en Italie.
    Et puis lol, français ou pas je ne mangerai de toute façon ni couteau Laguiole ni Savon de Marseille, hihihi. Kikoo Lily ! et Bisous !

  14. mariuss dit :

    Tendresse > Ah c’est sûr que quand il y a beaucoup de texte faut le lire.

    Mais je ne t’en voudrai pas si tu préfères lire les blogs des autres…… Grrrrrrr !

    :-D :-D :-D

  15. farandoles dit :

    Formidable Mariuss ,comme Arsène je viens de lire deux fois ( en plus interrompu au tel par ma Tendresse )
    Tu décris l’histoire d’une manière tellement vivante j’étais carément dans le paysage avec vous tous .
    J’adore le passage de ta basace avec la bûche pour la maîtresse ton quignon de pain et deux échalotes, deux figues et une poire .

    La poirée j’en ai gouté de chez mon papa c’est bon et le Calva crévindiou je ne pouvais pas l’avaler ( pas une boisson de nénette ( sourire )
    Formibable souvenirs qui marque la vie d’un p’tit bonhomme ,la preuve .
    Super j’aime beaucoup les histoires d’antan , j’écoutais beaucoup ,je buvais les paroles de mon papa qui en avait des tas ,mon cher papa avec qui j’étais si proche .

    Merci Mariuss belle histoire .
    Je vais passer au brut de colloque maintenant ……………………………> je file

  16. Que de souvenirs que tu évoques et bien écrit, un plaisir de te lire avec le patois de lé région.
    Tu parles du bon pain, et oui dès que je peux trouver du bon pain cuit au feu de bois et pétris à la main, j’adore c’est un régal. Malheureusement on trouve de moins en moins du bon pain cuit comme avant. Peut être que les ingrédients n’ont pas la même qualité qu’avant, car on remarque une chose c’est que le pain d’avant se garder longtemps sans moisie alors que maintenant au bout de trois jours il durcit et moisie.
    Tu montres une photo qui me rappelle la grande table en bois au milieu de la pièce unique chez mes grands-parents avec le cantou ou l’on pouvait s’assoir dedans. Et les soirs d’été, on se lavait les pieds dans une grande bassine….Le plus âges commençait et ensuite les autres, les enfants crasseux, bien sur, en dernier. J’ai connu le chien sous la table mais les poules aussi qui venait picorer entre les lamelles de bois brutes les miettes du repas…..
    J’en souris aujourd’hui mais la première fois que j’ai vu çà j’étais stupéfaite..:-)
    Tu évoques la ripaille autour de bonne choses, mais c’est bonnes choses étaient simples mais si bonne comme une bonne frotte à l’ail, tu connais certainement, avec du lard ou des rillettes de canard ou de porc….Hummm…Et de l’oignon cru avec du pain….
    Le souvenir aussi de faire un canard avec de la prune du grand-père qui avait encore la licence pour faire de la niôle. Fini maintenant …..Si mais sous le manteau, mais l’odeur ne passe pas inaperçu avec l’alambic.
    Tu m’as fait faire un bond en arrière….Tiens au colloque ton histoire aurait intéressé plus d’un plutôt que de dormir sur la table….Tendresse

  17. mariuss dit :

    Tendresse > tu as donc fini par lire, hihihi.
    La rillette c’est pas du tout mon truc. Et les poules à l’intérieur j’ai jamais connu.

    Par contre je suis content de faire rajeunir d’1 ou 2 ans.

  18. lol lol lol…..sacré Mariuss toujours le mot qui me donne le sourire….Et oui les poules dans la maison, rustique et si pathétique…surtout pour une Parisienne comme moi. Bon courage à toi.

  19. mariuss dit :

    Tendresse > Quesse que j’ai dit qui prête à confusion ? Dans les fermes habitées de montagne, le chien était rarement dedans sauf dans les cahutes de bergers en alpage ou en Corse, les cats souvent dedans surtout quand on rentrait le seau de lait frangé de crème, mais les poules (femelles du coq, jamais, car elles n’étaient jamais en liberté à cause de la « sauvagine », toujours en poulailler.

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