Archive pour 19 janvier, 2010

Deus omnipotens Créauit Sexdielus Celum & terrum

Mots-clé : 1666, Jean Despautère, Gabriel du Préau, grammaire

Vous savez déjà comme j’aime les vieux machins et autres trucs de notre patrimoine, tant artistique que plus commun, quotidien même. Et cela ne tient pas à mon âge, car déjà, il y a moultes années, avec Tine, le Nowelle précédant notre mariage, nous étions tombés sur une mine de vieux trucs et machins dans un hameau écroulé, complètement abandonné sauf à servir de remise pour la nuit pour les brebis d’un vieux berger italien très ours, que l’on apercevait fuyant les contacts lors des estives sur l’alpage de ce qui ne deviendra le Parc du Mercantour que plusieurs années plus tard. Un beau pétrin, trop lourd pour être transporté, puisque ce hameau oublié de tous, à mauvaise réputation pour on ne sait quelle raison (pendu ? vieil original un peu mécréant ? avalanche ? dont les gens du coin n’ont jamais voulu parler) se situait en cul de sac au pied de la montagne d’Aspre, à 1500 m d’altitude, accessible par un unique chemin beau mais pentu, nécessitant 2h30 de marche.

hameau oublié Aspre

Nous l’y avions trouvé, coincé sous un pan de mur éboulé, dans une ancienne énorme maison d’habitation écroulée, de trois étages, dont la facade disparue laissait voir les pièces béantes, abandonnées brutalement depuis peut-être trente ans, avec tout en place : nappes, vaisselle, journaux, calendrier au mur, photo des aieux, casseroles encore sales, vêtements pliés dans les niches servant de rangement, le tout mangé par trente hivers de neige s’accumulant de janvier à fin avril, puisque le toit n’était plus qu’une passoire, les planchers aussi, rendant la visite fort dangereuse, même si à l’époque j’étais plus mince. Il restait un magnifique placard mural avec quatre portes en mélèze sculptées au couteau (qui ont néanmoins été emportées par un brocanteur, comme il en traînait souvent, entre Nowelle et Pâques).

Jonchant les prés de fauche abandonnés tout autour, il y avait quelques ruches façon brusc (=tronc d’arbre évidé avec une pierre plate dessus), un moule à fromage, deux paniers tressés et des livres reliés en cuir, détrempés, sous un bardeau (planche de mélèze pour les toits).

les deux livres 1711 et 1666

Ce sont ces deux livres que j’ai rapporté. L’un a sa page de garde manquante, mais il est probablement presque aussi vieux  que celui que je vous présente ci dessous qui date du 8 novembre 1666.

J’ai mis longtemps à reconstituer l’histoire probable de ces livres. Ils étaient manifestement passés de main en main, servant à apprendre à lire aux gamins du hameau du temps où celui ci avait suffisamment de marmaille pour que l’on engage pour six mois une institutrice, qui faisait les six mois suivants dans un autre hameau de la vallée puis revenait l’année d’après. On voyait encore en étage, inaccessible, pendu au dessus du vide, les tables de la salle de classe improvisée avec un tableau noir, simple grosse dalle d’ardoise gris clair informe, et une carte pendouillante au mur.

Ces deux livres ont donc permis à des générations d’écolier à lire et à écrire : Joseph Raynaud, T. Mons, Félix Rainiaud, JanLouis ???, et « celui qui le rapportera pas à son maître, le diable se lenportera« 

grammaire 2

Voilà, c’est donc un ouvrage de Grammaire française avec privilège du Roy scellé du grand sceau de cire jaune pour 7 ans, imprimé en 1666 à Lyon avec un advertissement aux escoliers François? C’eft à vous à y prendre garde, & pour voftre avancement, & pour voftre falut. Adieu.

grammaire 3

Vous y noterez le joli dessin de l’évêque tenant un ciboire, réalisé à la plume avant 1743.

L’autre livre, à gauche sur la photo du haut, avec sa couverture en meilleur état, probablement imprimé le 16 septembre 1711, relate des lettres de Monsieur de Nifmes, dit aussi Monsieur de Fléchier, évêque de Nifmes, à diverses comtesses, desmoiselles et autres soeurs religieuses, ou colonels de dragons, ainsi que diverses relations de prophétesses et révoltes en Vivarais et naufrages sur le Rhône (Il semble avoir existé un tome 2).

Sympa, no ? C’est le plus vieux livre que j’ai jamais vu pour de vrai, et il est dans mon bureau. Pas de petites satisfactions, et mes chevilles, ça va.

Ah oui, chez nous en 1666, il ne semble pas sêtre passé de trucs mémorables, au vu de mon sondage sur le net, par contre c’est la date du grand incendie de Londres. C’est au milieu de Louis XIV, et Mazarin est mort depuis 5 ans, on a foutu la pile aux Iroquois pour pouvoir fonder Québec en nouvelle-France, et on est en train de se remettre sur la gueule avec les anglais, l’Académie des Sciences débute, le port de Cette (=Sète) aussi, et l’édit du canal de l’entre-deux-mers est enfin signé.

séparateur bleu mince

Ceci dit, j’ai besoin d’une idée qui tue ou qui décoiffe pour mon blog et je trouve pas du tout, grrrr.

séparateur bleu mince

page précédente

Une page en cours de réalisation, qui va continuer à s’organiser : Mon musée à moi

séparateur bleu mince

 

SUSANNA MASSA |
Bénédicte Delvaux |
Mes dessins |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | "L'ART ET LA PEINTURE"
| Villanova Laurent
| claire fahys