Le pays sans étoile 1

Mots-clé : conte traditionnel revu par mariuss

Giovanni, le rémouleur qui venait de Mondovi, là-bas du côté de la Lombarde, arpentait toute la Counta de Nissa (Le Comté de Nice) avec sa carriole pour aiguiser les forces (sorte de gros ciseaux de berger) aux tranchants émoussés pour que les bergers puissent tondre leurs brebis, avant de monter en alpage. Il était trop pauvre pour avoir un de ces petits ânes gris avec la croix de Saint André noire sur le dos comme on en trouve beaucoup là-bas, dans le pays du bon Roy René et des Papes. Trop pauvre, parce qu’il avait trop bon cœur. Alors son charreton avec la lourde pierre ronde au grain fin en grès d’Annot, il se la tirait tout seul avec son pauvre dos.

remoulaïre

Ce soir là, il avait débarqué dans ce village médiéval perché sous les rochers dont on disait que dans l’ancien temps les habitants avaient brulé les granges des beuillois (habitants de Beuil), mais c’est une autre histoire, triste, que moi, Fortuné, je vous raconterai une autre fois.

Donc, à l’auberge du moulin, le patron de l’époque, Aymé, qui avait beaucoup de couteaux à faire aiguiser, le logea dans la soupente après lui avoir offert la soupe de fèves.

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Forces ou ciseau de berger à tondre la laine des brebis. Longueur 225 mm Source : Ebay

Giovanni replia son couteau de poche, pendant qu’Aymé, qui aimait bien rigoler, lui disait, « en tous cas, la montée par le chemin du facteur t’a aiguisé l’appétit« . Giovanni, un taiseux au poil sombre comme tous les piémontais, bougea ses boucles brunes pour montrer qu’il avait compris le jeu de mots et enfouit son couteau dans sa biasse (sorte de sacoche cuir de berger). Le coup du chemin du facteur, fais moi penser à te le raconter une autre fois, Tchiné (petit, enfant).

Le soir, il n’aimait pas se coucher tôt, surtout fin mai, quand tarde à tomber la lumière. Il aimait bien se poser immobile à écouter les bruits de la nuit montante, quand le fond de la vallée est déjà obscur, mais que le sommet du Giraud, la montagne qui surplombe le Val de Blore, est encore doré du soleil déjà couché derrière le mont Pourri. On raconte que certains soirs, sur le Giraud on peut voir le pêcheur de Lune, mais je m’égare. Giovanni aimait donc bien regarder monter la nuit, passant du bleu rosé au violet sombre insensiblement et deviner où allaient apparaître les premières étoiles,  les trois belles de l’été, même si en mai on n’en voyait que deux à cette heure-là, le Grand Triangle d’Eté étant encore trop à l’est, on ne lui voyait qu’Altaïr de l’Aigle et Vega de la Lyre, Deneb du Cygne étant encore trop bas sur l’est.

Il aimait bien regarder les étoiles, même s’il ne connaissait pas bien leur nom, elles étaient ses amies, lui donnaient l’heure aussi bien que le soleil en plein jour, et lui indiquaient son chemin quand il avait mal calculé sa marche et devait suivre les chemins muletiers une fois la nuit venue. Je crois que c’était un poète.

Et ce soir là, il fut déçu. Le  morceau de ciel au dessus était bien violet, mais il lui faisait peine. Il était vide. Pas une seule étoile.

« Qu’est-ce que tu regardes, rémoulaïre ?«   Il n’avait pas entendu s’approcher derrière lui la petite fille aux cheveux de blé. « Je regarde les étoiles. » « T’es pas encore couchée, petite ?«  « Ici, il y en a jamais des étoiles, je regarde tous les soirs, mais j’en vois jamais« .

La suite, Tchiné, je te la dirai demain, parce que là, tu vois, il commence à faire froid à mes vieux os, me dit Fortuné, malgré mes protestations.

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