New Mercantour

Mots-clé : environnement, protection, parc naturel, légende

Belles légendes des cimes : New Mercantour

cougourde lac névé

Un printemps sans grêle ni orage avait succédé à ce nouvel hiver avec 8 mètres de neige, ce qui avait permis aux bananiers du fond du vallon d’étaler leurs larges feuilles. Plus haut, autour du lac encore enneigé, là où le ruisseau serpentant en glougloutant parmi les soldanelles et les grenadiers (nains à cette altitude, faut pas rêver) alimentait en eau si pure les ombles et les saumons de fontaine, cela s’agitait beaucoup, pour se réchauffer quand le frémissement du thermique naissant grimpa la pente engazonnée de pelouse avec ses millions de fleurs aux bleus si intenses des Koch, aux rouges si denses des orchis, aux jaunes pétant des trolles.

Du sommet du Cayre de Cougourde, maintenant taché du rose vif des coussins de rhodos, on voyait par delà les crêtes parallèles, toutes bleu-brun et nettes en contre jour, la mer à 60 km de là. Pas une brume, rien, même dans le lointain. Et au delà encore, par le jeu de miroir des couches surchauffées de la basse atmosphère, les sommets de la Corse à plus de 200 km. Le ciel était d’une pureté, un bleu électrique à hauteur du regard, qui fonçait de plus en plus vers le haut, presque outremer virant au noir. A 9 h du matin, Vénus était encore un point discernable pas très loin d’un dernier croissant de Lune déjà bas au dessus des Bessons. Et là, un pas plus loin que ce balcon rocheux, 600 mètres plus bas les cris montaient des névés entourant le lagarot des Siagnes. La vie partout. Comme autrefois. On les avait vu réapparaitre, d’abord discrètement, il y a 18 ans. Six individus, mâles et femelles de cette race qu’on avait cru à jamais disparue. Disséminés dans le fond des vallées les plus fertiles. Le bruit avait couru que c’était une réintroduction clandestine par des écolos irresponsables, des lâchers de nuit, à partir d’une petite population africaine. Mais l’administration du New Parc, clamait haut et fort, que c’étaient des individus erratiques qui avaient retrouvé ici un territoire propice à cause de l’excellence de la gestion des milieux et une protection efficace grâce à l’application intégrale de la Green L@w. Personne n’était dupe, bien sûr !  Le dernier comptage hivernal évaluait à près de 35 individus en âge de se reproduire, le troupeau cantonné dans le vallon alpha, en dessous de Peirastreccia. On parlait même d’établir un parc de vision dans ce vallon.

Pour l’heure, nous étions plus d’une douzaine serrés sur cette vire rocheuse étroite, en balcon à presque 3000m, au sommet de la Cougourda.

« Oh, regarde papa ! Il y a des petits qui jouent : ils sont mignons, ils font des glissades sur les dernières neiges du névé. »

« Chut, ils vont nous repérer et se cacher sous les mélèzes »

« dis, c’est vrai qu’on va en tuer si ils ont de nouveaux bébés, comme les loups autrefois ? »

« Oui, mais c’est un peu plus compliqué : Jamais les petits, que les grands et seulement s’ils deviennent trop nombreux »

« Mais, la Green L@w ne protège pas toute vie ? « 

« Nous changerons la L@w, s’il le faut, on ne peut pas laisser cette espèce se multiplier. Mais arrêtez de discuter Lulu et Vallou, vous vous agitez et allez les déranger »

« Nous reviendrons les voir demain ? »

« Peut-être, si vous êtes sages… »

 

Et le vieux bouquetin aux cornes majestueuses se retira avec ses chèvres et ses cabris qu’il avait emmené voir les hommes.

 

 

Bon, pour être honnête, personne n’est prophète en son domaine, j’ai imaginé cette histoire en découvrant la campagne de pub Aigle avec leur slogan « Pour la réintroduction de l’Homme dans la nature ». Alain Grinda (c’est un nom de plume)  avait fait l’équivalent, dans une de ses nouvelles, deux ans plus tôt : La grange de l’Oncle Ernest, édité (à compte d’auteur) aux Editions du Losange isbn 2 84295 125 5 2006.

Cela n’a rien à voir avec ma copine Caro, dont le beau-père en son temps a transformé le froid, le côté non pratique de skis bois à lanières qu’il fallait farter à chaud et de chaussures lacées qu’il fallait graisser à la graisse de phoque, en plaisir de courir comme apprenti capacitaire avec les espoirs nationaux dans les géants et spéciaux locaux ou de faire des courses en neige de printemps, défiant les plaques à vent et corniches pourries, dévalant plus vite que les petites avalanches que nos hors-piste (le mot n’existait pas encore pas plus que celui de free-ride) déclenchaient. Adrénaline. Je savais même pas encore ce que c’était. On est kon à 15 ans, surtout quand il y a des filles pas loin. Testostérone aussi…



8 commentaires

  1. mariuss dit :

    Lulu > et c’est tout ce que ça t’inspire ? bon, tu le sens comme tu veux. à l’extrême gauche, le cayre de Cougourda, sinon c’est pas le lagarot des Siagnes mais pas loin, le lac de Trecolpas avec ses névés (neiges tassées résiduelles d’avalanche, subsistant souvent tard en hubac). Ici, fin juin.

  2. Les photos sont belles et cela me rappellent des souvenirs car j’y suis allée par dans le parc du Mercantour. …J’aime la montagne et me m’y trouve bien pour l’espace, le calme et l’air (loin du métro parisien) pour y voir des marmottes et des isards.
    Mais je m’y verrais bien dans cette histoire, je veux bien que l’on me réintroduise dans un parc et que j’y vive en parfaire harmonie avec la faune et la flore. On pourrait tester ma résistance au froid et chaud. Je me verrais bien blottie l’hiver contre un ours qui hiberne contre moi. J’ai le droit de rêver….Bon les saumons pas pour demain….dans les torrents.
    Pas mal, l’imagination est fertile…rien ne manque le ciel bleu, l’eau qui coule, les fleurs si magnifiques au printemps, les odeurs de la terre, le lac et les animaux, là en haut de cette montagne si majestueuse…Bon j’arrête car là je suis déjà là bas.
    Merci de m’avoir fait rêver un instant Choumignon. Bises du soir. Tendresse

  3. mariuss dit :

    Douceur > ton métro, je prends mon temps. wait a minute. Bon les isards et les ours c’est dans les Pyrénées. pas les Alpes (enfin ya eu des ours (Orcières-Merlette) mais ya longtemps. Les saumons des fontaines, ressemblent un peu à des truites colorées et existent en petite quantité naturellement dans les lacs d’altitude, qu’ils ne quittent jamais. Bon tu sais en montagne, même à ma grange de chez les loups où il fait actuellement 16 la nuit et 27 le jour à 1250 m, mais je suis sur une inversion thermique, au pied d’une falaise calcaire avec vigne, et pelouse à lavande sauvage et thym au milieu des mélèzes, pins, chênes, tilleuls, noisetiers et sorbiers, merisiers et cytises, ainsi que deux sortes de genévriers, il peut faire vite froid. Pour te blottir prend une bonne veste polaire épaisse, et ton doucoeur (Tine aime pas trop les blondes qui se blottissent contre moi, ni les brunes d’ailleurs !)
    C’est aussi pour faire rêver mon lectorat que je fais mon blog. Merci toi aussi de tes bises.

  4. Exact pour les ours et les isards, mais ayant fait plusieurs années les Alpes et les Pyrénées j’arrive à me mélanger les crayons sérieusement. Tu m’apprends quelque chose pour les saumons de fontaine ou effectivement j’en ai vu dans les lacs d’altitude. Tu as raison de donner toutes ces précisions. J’ai l’impression que tu vis dans un endroit retiré de la civilisation et dans un cadre idyllique, mais que Tine se rassure j’ai mon ours avec moi. Toi tu fais rêver ton électorat avec ton humour et tes dessins et moi ma tendresse, enfin j’essaye. Bises du matin. Tendresse

  5. mariuss dit :

    Douceur > Tention, j’ai pas dit que les saumons des fontaines migraient pas, je sais plus trop bien (il me semble me souvenir que dans nos lacs ils sont sédentaires, comme l’omble, alors qu’en Am du N, leur pt d’origine, ils migrent).
    Non, non, je suis pas retiré de la civilisation, je bosse au quotidien en ville, et je m’oxygène deux à trois jours par semaine chez les loups. C’est un choix de qualité de vie, qui mérite bien les petits désagréments boulot et salaire en échange. Tine, voit pas bien trop ce qu’est un blog, elle pense que c’est un truc pour des gens qui n’ont pas à assurer le quotidien. Bon je la rejoint sur le côté chronophage vorace de la blogosphère. Heureusement qu’en plus je tchatte pas.

    hihi, t’es à fond dans les élections, tu m’as écrit « tu fais rêver ton électorat ». Tu te présente eurodéputée, tendresse ? Je peux point voter pour toi je dépend pas de la même région…. Ahhhh, des bises dès le matin…

  6. laurearnoux dit :

    et op. un tour de plus sur ton blog de la mer à la montagne ton blog est tellement original bravo tu es un mec bien cher Marius!

    a bientôt

  7. mariuss dit :

    Lorette > Houuuu ! je rougis sous le compliment. Tout le monde cherche à me dire que je fais des choses extras, mais non, en fait je suis simplement beaucoup plus sensible que mon aspect lourdaud et béo de scientifique ne le laisse apparaitre. En plus, je suis plutôt taiseux. Mais j’adore lire de beaux textes, les histoires qui font pleurer, et j’essaye parfois, fort maladroitement d’écrire ou dessiner dans cet esprit.
    Des fois des gens me disent mais tu as lu tout ce qui ya chez toi ? Ben oui, souvent plusieurs lectures. Ben alors, jette les si tu les as lu!

    ………. 8(

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